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Les FARDC noyautées par l’armée rwandaise Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Les combattants du Congrès national pour la défense du peuple ont commencé leur «intégration» dans les rangs des Forces armées de la RD Congo (FARDC). Une intégration à la hussarde qui intervient au moment où l’armée nationale congolaise paraît atone et n’a pas encore pansé ses plaies. Paul Kagame dispose ainsi d’une belle occasion pour imposer les règles du jeu en infiltrant des soldats et officiers démobilisés de l’armée régulière rwandaise (RDF), camouflés sous le label du CNDP.

En présence du ministre congolais de la Défense nationale, Charles Mwando Nsimba, le «processus d’intégration» des «anciens combattants» du CNDP dans les rangs des FARDC a été lancé jeudi 29 janvier dans la province du Nord Kivu. Combien sont-ils ? Des sources parlent de plus ou moins six mille hommes. «Plus de dix mille», soutiennent d’autres. Il s’agit d’une opération dont la «sensibilité» touche à la sécurité nationale de la RD Congo. En dépit de cette évidence, cette mission a été confiée à quelques individus dont le seul mérite découle non pas de leur expertise ou de leur loyauté vis-à-vis de l’Etat congolais mais de leur «fidélité» au «raïs».

Au nom du chef de l’Etat et peut-être du gouvernement, le ministre de la Défense a pris solennellement "acte de l’intégration du CNDP au sein des FARDC". C’est donc parti ! Il faut dire que Mwando n’était pas seul. Didier Etumba, John Numbi Banza, Julien Paluku, respectivement chef d’état-major des FARDC (un figurant, Ndlr), inspecteur général de la police nationale et gouverneur du Nord-Kivu prenaient également part à cette manifestation. Lieu choisi : le camp militaire de Rumangabo situé à une cinquantaine de kilomètres de Goma. Pour la petite histoire, les soldats loyalistes, ont eu, par deux fois, à mordre la poussière en ce même lieu face aux forces nkundistes, appuyés, disent des sources notamment onusiennes, par des soldats de l’armée régulière rwandaise.

Notons que le CNDP était représenté notamment par son chef d’état-major Bosco Ntaganda et le colonel Claude Micho. Les deux hommes font partie des signataires de la fameuse déclaration "de fin des hostilités" du 16 janvier. Micho a déclaré à l’issue de cette cérémonie que "nous allons former des brigades intégrées au sein des FARDC". Un absent de taille : le colonel Sultani Makenga, un fidèle parmi les fidèles de Laurent Nkunda. C’est dire que la confiance est loin de régner au sein de cette alliance inattendue FARDC-CNDP-RDF.

Notons que l’apparition du «général Bosco» sur le lieu a provoqué un «incident diplomatique». Les représentants de la facilitation internationale d’accompagnement du processus de paix ont dû quitter le camp de Rumangabo. Hypocrisie ? C’est en tout cas ce que pensent de nombreux observateurs. Rappelons que l’Ong américaine Human Right Watch a critiqué récemment le fait que Bosco Ntaganda - recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour enrôlement d’enfants en 2002-2003 en Ituri - soit devenu «fréquentable». L’organisation a vitupéré cette démonstration de l’«impunité». Ignorant ces indignations, le gouverneur du Nord Kivu, Julien Paluku, s’est réjoui de la perspective ainsi ouverte aux millions de déplacés de pouvoir «rentrer chez eux».

Il faut espérer que le processus d’intégration des anciens combattants du CNDP ne sera pas l’occasion pour l’homme fort de Kigali d’insérer clandestinement les démobilisés de l’armée rwandaise dans les FARDC. Des questions restent sans réponse. En l’absence de carte d’identité, comment pourrait-on faire une rigoureuse sélection ? Qui est chargé de contrôler les opérations d’identification ? Quels sont les critères pris en compte ? Va-t-on vers un nouveau «mixage» qui va aboutir à un nouvel échec?

Vendredi 9 janvier dernier, les journalistes Arnaud Zajtman et Marlène Rabaud de la chaîne internationale «France 24» étaient de passage à Bruxelles. Sur invitation de deux associations congolaises de Belgique, les deux journalistes ont projeté un reportage réalisé en novembre dernier sur les événements sanglants survenus à Kiwanja, au Nord Kivu. Lors du jeu de questions-réponses, Arnaud Zajtman dit avoir rencontré plusieurs soldats du CNDP. Un fait a attiré son attention. «Tous ces combattants s’exprimaient en anglais et en kinyarwanda», a-t-il souligné. On le voit, le risque est grand pour que les FARDC soient noyautées par des éléments issus de l’armée régulière rwandaise...

B. Amba Wetshi

 
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