Décidément, 2009 n’augure rien de bon pour les seigneurs de guerre de la région des Grands lacs. Après Joseph Koni qui cherche désespérément où se mettre en lieu sûr, Laurent Nkunda, lâché par les siens et se livrant sans doute à quelques sombres méditations, voilà le milicien congolais Thomas Lubanga comparaissant devant la Cour pénale internationale de la Haye.
L’homme est accusé de crimes de guerre pour avoir utilisé des enfants soldats. Il aurait enrôlé de force et fait combattre ces enfants de moins de 15 ans dans l’aile militaire de sa milice, l’Union des patriotes congolais (UPC), pendant la guerre civile d’Ituri à l’Est de la RDC, entre septembre 2002 et août 2003. Il suffit d’avoir visionné «Blood Diamonds» ou un autre film du genre pour se rendre compte de l’horreur d’un tel forfait. On y retrace la vie d’enfants innocents, transformée du jour au lendemain en un véritable enfer où la pitié le dispute à l’insoutenable. La question ne sera pas de savoir si la cause défendue par Lubanga est juste ou pas.
On en est à se demander, légitimement, de quel droit Lubanga peut-il transformer des enfants d’autrui en de véritables machines à tuer, en violant leurs consciences fragiles et en leur détruisant à tout jamais l’espoir de bénéficier, eux aussi, d’une existence normale. Car enfin, ils ne sont en rien, ces enfants, redevables à Thomas Lubanga. Pourquoi alors tant de violences, pourquoi tant d’abus, pourquoi tant de destruction ? Il devrait d’ailleurs savoir, ce redoutable seigneur de guerre, que nulle cause, fût-elle des plus nobles, ne saurait justifier l’usage qu’il fait de pratiques si hautement immorales. On a quelquefois fait grief à la CPI de mener une justice du deux poids deux mesures, au motif qu’elle ne traquerait que des ressortissants de pays pauvres ou faibles. A tort ou à raison. Mais force est de reconnaître qu’ici, elle fait un excellent travail.
Nul n’a le droit de pervertir l’existence de ces êtres faibles, fragiles et innocents que sont les enfants. Car non seulement on leur fait l’obligation de côtoyer la violence et la mort au quotidien, mais en plus on en fait de véritables inadaptés pour la société de demain. L’enfant est le père de l’homme, dit-on. Que sera dans une dizaine d’années l’adolescent déjà meurtrier aujourd’hui ? Il faut espérer que Luis Moreno-Ocampo et ses juges ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Le travail qu’ils abattent, loin de s’acharner sur un seul individu, vise à juste tite une pratique. Car il faut que cela serve d’exemple.
A travers le continent africain, de nombreuses familles se sont retrouvées endeuillées et ont sombré dans le désespoir parce que leurs enfants leur ont été volés, violentés et forcés à se transformer en véritables petites bêtes humaines, semant mort et désolation et servant, à leur corps défendant, la cause d’un chef de guerre dont la cruauté n’a d’égale que la démesure de l’ambition. Ce sont aussi tous ces chefs de guerre, véritables prédateurs d’enfants qui sévissent un peu partout, que la CPI a le devoir de traquer, dans le but de les éradiquer.
Aucune guerre n’est ni juste ni belle. Mais celle qui implique des enfants est sans doute la plus ignoble de toutes. Il est normal que la CPI sévisse, au nom de la morale. L’humanité ne saurait que lui en être reconnaissante.
Jean-Claude KONGO