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Les malheurs du Congo-Zaïre Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Comme d’aucuns le savent, le Congo-Zaïre est une société en pleine déliquescence. Et dans un tel chaos toute analyse devient pertinente, tant les solutions à la crise se multiplient. La dernière en date est celle du président français Nicolas Sarkozy. Comme analyste politique, l’objectivité scientifique m’a toujours poussé à une certaine retenue face aux réactions spontanées et, parfois, épidermiques. Il est certes vrai que monsieur Sarkozy est allé trop loin. Mais sa proposition n’est pas différente de celle que le gouvernement congolais met en application aujourd’hui : une opération militaire de concert avec l’armée rwandaise à l’Est du Congo, pour assurer la sécurité des frontières afin de permettre une libre circulation entre les citoyens de deux pays.

Il y a trois mois, les diasporas congolaises ont organisé des marches de colère et d’indignation contre l’agression du Congo par le Rwanda. Cette guerre d’agression laisse dans la rue, dans la forêt, femmes, enfants, jeunes et vieux sans aucune dignité humaine. Les victimes de cette guerre sont principalement les femmes dont le viol est devenu une arme de destruction massive en raison du fait que, à part la négation même de leur humanité, le viol a des conséquences les plus désastreuses : transmission des maladies (VIH – Sida), grossesses indésirables, mutilation. Mais à travers la femme, c’est l’humanité congolaise toute entière qui est atteinte. L’enthousiasme de ces marches n’était égalé que par leur débordement. En effet, l’impression qui s’y dégageait démontrait une certaine désorganisation et un manque de coordination. Voilà un des malheurs du Congo-Zaïre.

Dans cet article, je vais revenir sur la marche organisée par la Communauté congolaise d’Ottawa-Gatineau (Canada) à partir de laquelle j’analyserai la situation actuelle de la RDC. Avant cela, je voudrais apporter un petit éclaircissement. Les articles que je signe n’engage en rien les Éditions Muhoka dont je suis propriétaire, ni encore moins le personnel de cette entreprise. Ces articles qui sont publics respectent l’objectivité scientifique par le fait qu’ils sont ouverts au débat contradictoire.

En novembre 2008, la marche de colère d’Ottawa a regroupé une centaine des personnes. Les affiches prouvaient la sauvagerie de cette guerre qui continue de faire des victimes au su et au vu de tout le monde. Presque tous les manifestants semblaient s’accorder sur la responsabilité de l’extérieur dans cette tragédie sans merci. Presque tous, sauf quelques Congolais qui brandissaient l’affiche qui est en annexe, conçue et élaborée par mes soins. Une dame s’est même indignée de voir la marche pro- gouvernementale avec quelques affiches très critiques à l’endroit du président congolais. La réaction la plus virulente fut celle d’un haut dignitaire de l’ambassade de la RDC au Canada adressée à un membre du personnel de Muhoka. La réaction se résumait en ces termes : « Comment vous Muhoka, osez critiquer le président alors que nous sommes agressés par le Rwanda »? Malheureusement personne de deux n’était à la marche. Et en plus, l’affiche n’était pas signée Muhoka. Pour quelques manifestants à qui j’ai posé la question de savoir pourquoi le gouvernement congolais était gracieusement dédouané, la réponse était aussi stricte et sans appel : « Nous devons nous solidariser avec notre gouvernement pour botter l’ennemie dehors. Car s’il y a un incendie, les pompiers ne vont pas chercher qui a mis le feu, mais plutôt l’éteindre de toute urgence ». Naïveté, complicité ou prostitution, ce genre des réactions prouvent que le Congolais n’a pas encore compris les enjeux de l’Est du Congo et surtout pas le degré des responsabilités des forces impliquées dans cette guerre. Et c’est encore là, un autre malheur des Congolais.

Pour revenir au discours de monsieur Sarkozy devant le corps constitué, vendredi 15 janvier 2009, ces propos sont inacceptables. Mais dans tous les commentaires que j’ai lus, on semble oublier que le conseiller spécial du président français était voir le président congolais sur ce sujet, en prévision de la visite de monsieur Sarkozy en mars 2009, bien avant les propos du 15 janvier. La question que je me pose est celle-ci : pourquoi s’en prendre à un étranger, soit-il président, au lieu de se regarder dans le miroir et chercher comment régler la question des frontières territoriales ? C’est maintenant qu’il faut organiser des marches pour le maintien de nos frontières. Des marches pour pousser le gouvernement à ne pas céder à la tentation. Le Congolais a-t-il déjà oublié que Kahemba est devenu angolais, sans l’intervention de Sarkozy ? Mémoire courte ou myopie intellectuelle, c’est d’autres expressions du malheur congolais.

Dans mon article « L’autre visage de la guerre au Congo », j’ai analysé la guerre dans la perspective néo-réaliste. J’y ai montré combien l’enjeu de la sécurité des frontières rwandaises était crucial. Chaque état se doit de garantir ses frontières et la sécurité de ses citoyens. Le soutien du Rwanda à l’AFDL et aux autres organisations rebelles n’avait que cela pour but. La présence des Interhamwes incontrôlés sur le territoire congolais ne peut être qu’une menace à la sécurité du Rwanda. Mais pourquoi les gouvernements congolais pro-rwandais n’ont pas pu résoudre cette épineuse question de politique internationale ? C’est ici que la question devient complexe et compliquée. Pourquoi le général Kabila avait-il d’abord combattu les rebelles Hutu avant de devenir leur principal pourvoyeur en armes ? Et pourquoi aujourd’hui, sans l’assentiment du parlement (du moins apparemment), l’armée rwandaise opère en territoire congolais avec la complicité des forces armées congolaises ou ce qui en reste ? Les frontières congolaises et les citoyens congolais n’ont-ils pas droit à la sécurité ? C’est ici que les Congolais doivent ouvrir le bon œil pour voir ce que j’ai décrit comme « l’habilité et la malignité » de monsieur Kabila. A-t-on encore besoin des mots pour expliquer l’équation qui se trouve sur mon affiche : Kagame = Kabila +Nkunda ? Il a fallu Nkunda pour que monsieur Kabila enlève son masque et se montre sous sa véritable personnalité. Comment peut-on distinguer un rebelle hutu (muntu) d’un Congolais (muntu) sur le champ de bataille. Et c’est le territoire congolais qui sert de champ de combat au mépris de la population civile, femmes, hommes et enfants qui continuent à mourir comme des mouches. Pendant ce temps, on infiltre les diasporas congolaises pour éliminer, intimider, terroriser les rares langues qui se délient pour crier au scandale, à la haute trahison et aux crimes contre l’humanité sous la gouverne du président congolais Joseph Kabila. C’est encore d’autres Congolais qui sont payés pour faire cette sale besogne. Quel malheur ?

Il n’y a que les coupables qui ont peur de la vérité. Ce que le président français a dit, Kagame et Kabila l’appliquent déjà sur le terrain. Bientôt le Kivu va devenir un territoire occupé avec des colonies rwandaises entourées par des chars de combat. L’opération rwando-congolaise ne vise pas à pourchasser les Interhamwés, mais à déblayer les terrains pour un retraçage des frontières. C’est alors que les Congolais vont se réveiller pour faire le constat et se résigner. C’est le comble des malheurs !

L’heure est au changement, surtout au changement des mentalités. J’en appelle à la responsabilité citoyenne de tous les Congolais pour résister à la tentation et mettre fin à la dépravation politique et institutionnelle. Les Congolais ont assez souffert, leur confiance en eux-mêmes est profondément minée. Mais il n’y a pas de solution miracle si ce n’est la prise en charge par eux-mêmes de leur destin. La crise à l’Est n’est que le miroir de ce que vit tout le pays. Le Congo doit devenir un pays digne du respect et construire des amitiés franches avec ses voisins avec lesquels il partage des liens historiques plus profonds. La guerre n’est pas une solution. Ne pas le savoir c’est aussi un malheur.

Bertrand Kabongo Lukunda, Ph.D.

 
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