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La "descente aux enfers" de Laurent Nkunda est loin d’être un événement. Le Rwanda de Paul Kagame a h’abitude d’"éliminer", au gré de ses objectifs du moment, les dirigeants des «rébellions congolaises» créées à partir... de Kigali. A la surprise générale, un communiqué, daté 22 janvier, a annoncé l’arrestation du général déchu Laurent Nkunda …au Rwanda. La nouvelle a été diffusée par un communiqué signé par l’inspecteur général de la police nationale congolaise, le général John Numbi. C’était à la suite d’une opération militaire conjointe des armées congolaise et rwandaise, ayant comme objectif (avoué) le démantèlement des bases des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda, opposants hutu armés).
Il apparait que cette action avait un autre but caché, celui d’écarter Nkunda, devenu «incontrôlable». Avec le trafic des minerais, le chef rebelle cherchait à s’autofinancer c’est-à-dire ne plus dépendre du Rwanda. En plus, «il aurait même refusé d’aider les FARDC pour combattre les FDLR» dans le cadre de l’accord entre Kinshasa et Kigali, selon un diplomate en poste dans la région. Les soldats rwandais sont donc entrés officiellement au Kivu même si le commandant en chef de l’armée congolaise, Didier Etumba, a affirmé ignorer leur déploiement.
Nkunda, affaibli par une dissidence interne de Bosco Ntaganda, a été arrêté près de la ville de Ruhengeri. Il serait détenu dans un «endroit secret» selon un responsable de l’armée rwandaise sous couvert d’anonymat tandis qu’une source de la rébellion a affirmé que le «chairman serait en résidence surveillée à Gisenyi». Pour le chef des FDLR, Ignace Murwanashyaka, «cette arrestation ne change rien. Nkunda n’était qu’une marionnette entre les mains du Rwanda».
Si Joseph Kabila peut se targuer d’un succès à la suite de cette opération, un chercheur français Gérard Prunier au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) nuance : «Kabila joue avec une grenade dégoupillée. On sait quand l’armée rwandaise est entrée, on ne sait pas quand elle repartira». La mise à l’écart de Nkunda n’est pas un événement. Le Rwanda a toujours fait limoger, au gré de ses objectifs du moment, les dirigeants des «rébellions congolaises» créées à Kigali. Le cas du RCD (Rassemblement Congolais pour la démocratie) est le plus symptomatique. Arthur Z’Ahidi Ngoma, son premier président, a été remplacé successivement par Ernest Wamba dia Wamba ; Emile Ilunga et Adolphe Onusumba. Lors des négociations politiques de Sun City, Onusumba a été supplanté, à la surprise générale, par le Tutsi Azarias Ruberwa à qui sera attribué le poste de vice-président de la République (RCD) au moment du partage du pouvoir.
Le limogeage de Nkunda de la tête du CNDP préfigure-t-il une nouvelle étape ? Celle qui conduirait à une occupation du Kivu par le Rwanda ? D’aucuns y voient le début de la balkanisation du Congo. Le plan du professeur Mazrui serait-il en marche ? Ce plan prévoit la création d’un grand empire hima qui regrouperait les Tutsi du Rwanda, de l’Ouganda, du Burundi et une partie du Kivu. Spéculations ?
Le regretté député Vangu Mambueni écrivait : «Sur demande du secrétaire général de l’OUA, Salim Ahmed Salim, le professeur Mazrui (enseignant dans une université aux USA), a mené des études dont les consultations devaient indiquer à l’Organisation continentale que les voies et moyens d’établir ou de rétablir une paix durable dans la région des Grands Lacs, consiste à revoir nécessairement les tracés des frontières des Etats actuels et les reconstituer sur base des affinités ethniques notamment les aspects génétiques, culturels et morphologiques ; et d’aboutir ainsi à rattacher le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et l’est de la RDC en un seul Etat. On mettrait alors les Bantous ensemble et les Hamites entre eux». Ali Kalonga |