Bosco Ntaganda ne s’arrête pas en si bon chemin. Non seulement il met ses troupes à la disposition des FARDC pour leur intégration, mais affirme la disponibilité de ses hommes pour participer à la mise en œuvre du plan conjoint contre les FDLR.
Voilà pour les faits. Mais, qu’a obtenu Ntaganda en contrepartie quand on sait qu’il est poursuivi par la CPI pour avoir recruté des enfants en Ituri où il fut seigneur de guerre avant d’offrir ses services à Nkunda Mihigo?
Il faut savoir lire entre les lignes pour réaliser que Kinshasa a garanti l’impunité à Ntaganda, mieux lui a promis d’absoudre ses crimes de guerre. La déclaration du CNDP/Ntaganda à Goma n’exige pas d’être un grand clerc pour saisir les non-dits du deal entre les deux parties : « les commandants du CNDP demandent au gouvernement d’accélérer la promulgation de la loi d’amnistie couvrant les faits insurrectionnels de la guerre conformément à l’acte d’engagement de Goma » d’il y a une année (déjà ?).
Cependant, quand on sait qu’en politique congolaise, les engagements ne lient que ceux qui y croient, Ntaganda semble avoir facilité la tâche de la CPI en flirtant avec Kinshasa qui pourra le livrer sans état d’âme le moment venu. Tant mieux quand bien même ce serait injustice étant donné que d’autres seigneurs de guerre siègent dans les institutions à Kinshasa sans répondre de leurs crimes qui ont été absous par le Dialogue intercongolais qui leur a octroyé une prime de guerre.
En tout état de cause, même si la dissidence de Bosco Ntaganda semble s’inscrire dans l’optique d’une normalisation politique pacifique, on ne peut ne pas résister à la tentation de savoir pourquoi Kinshasa et Kigali n’ont pas voulu donner la chance aux négociations de Nairobi, entre les représentés de Kabila et ceux de Nkunda, pilotées par Olusegun Obassanjo, envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies ?
Autre curiosité, c’est le vendredi 16 janvier, jour où les négociations de Nairobi ont été suspendues pour Obassanjo, pour reprendre en fin de semaine prochaine, que l’entente cordiale entre Kinshasa et le CNDP/Ntaganda a été scellée. La coïncidence n’est pas fortuite et traduit la volonté de Kinshasa non seulement de neutraliser Nkunda, mais aussi et surtout de garder l’initiative à Nairobi. On ne peut autrement interpréter le rapport fait ce week-end au Conseil de sécurité par Obassanjo en mettant en exergue la nécessité de la brève suspension du dialogue due à l’intransigeance des parties dont le gouvernement en particulier. En dépit de cela, Olusegun Obassanjo demande au Conseil de Sécurité d’établir un mécanisme de surveillance de la cessation des hostilités dès qu’un accord sera conclu entre les deux parties.
Mais cet accord aura-t-il jamais lieu Kinshasa ayant encouragé la scission du CNDP ? Il serait hasardeux de répondre par l’affirmative, le gouvernement de Kinshasa n’y croyant pas déjà lui-même. Et pour cause, tout en saluant la sainte alliance signée avec Ntaganda, Kinshasa espère que l’autre camp, celui de Nkunda, pourrait revenir à la raison. Y a-t-il bel aveu que cette manière de souffler le chaud et le froid à la fois pour reconnaître que la fin des hostilités annoncée par Ntaganda ne relève que du monde des idées ?
Il reste néanmoins une question de fond. Quel dividende Kinshasa espère-t-il engranger à travers cette dissidence du CNDP qui ressemble plus à un débauchage, mieux à une manœuvre dilatoire, qu’à une véritable volonté de mettre fin à la guerre au Nord-Kivu ?
La question reste posée, mais l’expérience du passe pousse au scepticisme. Qu’on se souvienne de ce que la création par Kinshasa du RCD/KML de Mbusa Nyamwisi, comme une rébellion dans la rébellion, pour affaiblir le RCD, alors le plus important mouvement rebelle, n’avait pas mis fin à la guerre déclenchée par les fondateurs déçus de l’AFDL de triste mémoire dont le PPRD est l’héritier.
Toutes choses restant égales par ailleurs, si le deal Kabila-Ntaganda, avec comme témoin du mariage James Kabarebe, signifie que Kigali a lâché Nkunda, alors là à Kinshasa on peut applaudir des mains et de pieds. Car, Nkunda privé de son principal soutien n’aura plus de choix mais une solution : regagner les rangs. Ainsi, après avoir réussi à éloigner de la manière que l’on sait Jean-Pierre Bemba, Kabila pourra s’adonner à cœur à joie à la consolidation de son régime avec une opposition institutionnelle qui l’accompagne au moment où l’opposition non institutionnelle a perdu la voix, l’UDPS, sa locomotive, s’empêtrant dans ses contradictions internes apparemment sans issue.
Tant que la question des FDLR n’aura pas été résolue, comment ne pas se demander si Nkunda est effectivement lâché par Kigali et si le régime de Paul Kagame joue loyalement sa partition même si ce week-end au Conseil de sécurité Obassanjo a conjugué au passé la détérioration des relations entre Kinshasa et Kigali en mettent en relief le fait que Kabila et Kagame parlent tous deux maintenant d’une amélioration des relations et d’un renforcement de coopération.
Une question de curiosité : en fait de quoi peuvent-ils bien parler ces deux là et dans quelle langue ? Les ex-Zaïrois ont droit de savoir.
Raymond LUAULA