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Kabila, Kagame et Museveni jouent au poker menteur Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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A Faradje, Doruma et Dungu, dans la Province Orientale, les rebelles ougandais de Joseph Kony ont commis des graves atrocités. Ils ne sont peut-être pas les seuls à avoir agi de la sorte. En effet, en l’absence d’autopsie des corps, comment pourrait-on sérieusement distinguer une balle tirée par un rebelle à celle provenant d’une arme des forces régulières ougandaises ou sud soudanaises ? Des milieux religieux font état de plusieurs centaines de paisibles citoyens congolais tués lors des affrontements entre la LRA et les forces coalisées venues de l’Ouganda et du Sud-Soudan. En donnant son «feu vert» aux troupes étrangères pour opérer sur le territoire national les gouvernants congolais «démocratiquement élus» ont engagé le redoutable pari d’assumer cette responsabilité devant l’Histoire. Ils ont surtout démontré que la vie des Congolais ne leur inspire que du mépris.

Ne voyant personne élever la voix au sein du microcosme politique kinois, Joseph Kabila a décidé de récidiver. Cette fois, ce sont les provinces du Kivu qui vont servir de théâtre des opérations. C’est en tous cas le sens de la visite que vient d’effectuer le chef d’état-major général de l’armée rwandaise, le général James Kaberebe, à Kinshasa. «James» y a rencontré son homologue congolais Didier Etumba. Les deux hommes ont concocté une action «conjointe» destinée au «désarmement» ainsi qu’au «rapatriement» forcés des ex-soldats des FAR (Forces armées rwandaises) et autres miliciens interahamwe mués en Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). Connaissant l’état de liquéfaction des FARDC, on peut gager que la RDF (Rwandese defense forces) va opérer en solo. Sans témoin.

L’Etat rwandais qui, à plusieurs reprises, a organisé des pseudo rébellions zaïro-congolaises – et avec laquelle la RD Congo n’a pas encore signé de traité de paix - vient ainsi d’obtenir le droit d’«envahir légalement» une partie du territoire national congolais sous prétexte, comme l’écrivait complaisamment le très kabiliste quotidien kinois «L’Avenir», daté 14 janvier, «de mettre fin à ce problème qui est à la base de la suspicion entre le Rwanda et la RD Congo». Est-on sûr qu’il s’agit de l’unique pomme de discorde ? En vérité, le «président élu» Joseph Kabila est prêt à toutes les concessions afin de plaire à ses anciens mentors rwandais et ougandais. Deux hommes qui détiennent sans doute des renseignements compromettants sur les dirigeants congolais issus de l’ex-AFDL. Joseph, en tête.

Expliquant le contexte de la création de l’AFDL en octobre 1996, Laurent-Désiré Kabila (LDK) avait eu ces mots : «L’armée rwandaise voulait pourchasser les génocidaires Hutu sur le territoire zaïrois. En revanche, nous avions pour ambition de chasser Mobutu du pouvoir. C’est ainsi que nous avons conclu une alliance dans laquelle chacun avait son objectif.» Au lendemain de la rupture avec ses ex-mentors Kagame et Museveni, fin juillet 1998, le «Mzee» a tendu la main aux ex-FAR selon l’adage «l’ennemi de mon ennemi est mon ami.» L’objectif avoué, disait-il, était de «ramener la guerre d’où elle était venue.» Ancien chef d’état-major des forces terrestres de la RD Congo, le général-major Joseph Kabila sait parfaitement que les FDLR ont combattu et combattraient encore aux côtés des Forces armées de la RD Congo. Les autorités rwandaises le savent et se servent de ce fait comme d’un «fonds de commerce». Laurent Nkunda ne cesse de dénoncer cette situation.

Qui se moque de qui ? Selon des sources, des miliciens des FDLR auraient pris le contrôle de la localité de Walikale. Une région très riche en minerais stratégiques. Selon ces mêmes sources, il ne se passe pas un jour sans que des aéronefs décollent d’un petit aéroport de cette région. Destination : Kigali, Kampala et Kinshasa. On le voit, Kabila, Kagame et Museveni jouent au poker menteur. En vérité, chacun de trois chefs d’Etat tire un profit personnel de la présence des FDLR dans le Kivu : les minerais pour «Paul» et «Yoweri» ; les détournements de deniers publics pour Kabila et les siens. «Dépenses de souveraineté» oblige… !

B. Amba Wetshi

 
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