|
Les procureurs de la Cour pénale internationale ont accusé lundi l'ancien vice-président de la République démocratique du Congo Jean-Pierre Bemba d'avoir eu recours systématiquement au viol pour terroriser les civils soupçonnés de soutien à des rebelles en 2002-03 en Centrafrique. La défense a affirmé que la milice de Bemba, le Mouvement de libération du Congo (MLC), échappait à son commandement lorsqu'elle agissait en Centrafrique, et que l'accusation n'a pas démontré que Bemba avait ordonné à ses hommes de commettre les atrocités. Les deux parties ont présenté leurs arguments lors d'une audience à la CPI qui doit durer jusqu'à jeudi et vise à déterminer s'il existe des éléments suffisants pour juger Bemba. Les juges auront ensuite 60 jours pour décider s'il y a lieu d'organiser son procès, de chercher de nouvelles preuves ou d'abandonner les poursuites. Dans sa déclaration liminaire, le substitut du procureur Fatou Bensouda a évoqué le témoignage d'un homme qui a raconté avoir été sodomisé devant sa famille, puis contraint à regarder son épouse et ses enfants pendant qu'ils étaient victimes d'abus sexuels. "Bemba voulait traumatiser et terroriser la population civile pour qu'elle refuse de soutenir les rebelles", a-t-il déclaré. "Il a choisi le viol comme méthode." Bemba est accusé de chefs de crimes de guerre et crimes contre l'humanité, notamment pour torture et meurtre, lors d'un conflit de cinq mois en Centrafrique commencé en octobre 2002. A l'époque, le président de la République centrafricaine Ange-Félix Patassé avait demandé l'aide de Bemba pour réprimer un coup d'Etat dirigé par l'ancien chef d'état-major de l'armée centrafricaine François Bozizé. Ce dernier a toutefois réussi à renverser Patassé début 2003. Devenu président, Bozizé a demandé à la CPI en 2004 d'enquêter sur les agissements de la milice de Bemba. Patassé, qui vit en exil au Togo, est présenté comme un co-conspirateur dans le dossier d'accusation, mais il n'a pas été inculpé officiellement. Karim Khan, avocat de la défense de Bemba, a mis en cause Patassé, qui commandait l'ensemble des forces armées en Centrafrique. Il a affirmé que Bemba a envoyé sa milice défendre un gouvernement élu et que ses hommes étaient alors sous le commandement de ce régime. Il a comparé leur intervention au déploiement de casques bleus, qui ne sont plus sous la tutelle de leur armée nationale une fois intégrés dans une force mandatée par l'ONU. Bemba, 46 ans, est la plus importante figure politique à comparaître devant la CPI, premier tribunal permanent créé pour juger les crimes de guerre, depuis que la juridiction a commencé à travailler en 2002. Il a été arrêté en Belgique en mai dernier et extradé vers La Haye en juillet. Selon la procureure Petra Kneuer, Bemba a envoyé deux bataillons en Centrafrique, soit entre 1.000 et 1.500 hommes. Les miliciens ont continué à commettre des crimes même durant leur retrait du pays alors qu'il était clair que Patassé avait perdu le pouvoir. "Après leur départ, la population civile n'avait plus rien: plus de biens, plus de communauté, plus de dignité", a déclaré Mme Kneuer. Elle a cité un témoin qui a vu des camions remplis d'objets pillés et transportant huit femmes à moitié nues qui ont ensuite été "violées à plusieurs reprises en public". Ancien directeur de plusieurs sociétés, Bemba a régné comme chef de guerre sur une grande partie du nord-est de la RDC lors du conflit qui a ravagé le pays de 1998 à 2002. Conformément à un accord de paix, il est devenu l'un des quatre vice-présidents d'un gouvernement de transition à Kinshasa qui a ouvert la voie aux élections de 2006. Bemba a été battu à la présidentielle par Joseph Kabila. Il a été élu sénateur, mais a refusé de démanteler sa milice, ce qui a conduit à des affrontements avec les forces de sécurité qui ont fait au moins 300 morts en mars 2007. Accusé de trahison, il a fui en exil au Portugal et en Belgique. AP
|