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Une impuissance publique organisée Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Au début des années 90, déjà, plusieurs provinces zaïroises entretenaient des relations plus que «rapprochées» avec certains pays limitrophes. Siège des institutions nationales, Kinshasa n’exerçait plus son influence d’antan sur l’arrière-pays. A titre d’exemple, les deux provinces du Kivu étaient tournées vers le Rwanda et le Burundi. Certaines sociétés kivutiennes avaient leurs adresses postales à Bujumbura. Il était plus facile, pour un Gomatracien, d’aller à Gisenyi pour envoyer un fax ou téléphoner à l’étranger. Inutile de dire que les PTT zaïrois avaient cessé d’être un service d’utilité publique. Rien n’a été fait pour réformer ce secteur. Les commerçants du Kivu et ceux de la Province Orientale faisaient allègrement du «business» avec l’Ouganda et le Kenya. Dans les hôtels à Lubumbashi, au Katanga, tous les produits (vins, pâtes dentifrice, etc.) portaient le label «Made in South Africa». Les infrastructures de base (routes, rails, ports, aéroports) ont été laissées à l’abandon. Les Zaïrois d’alors vivaient les effets néfastes de la centralisation amorcée dès le 24 novembre 1965 afin, disait-on, de «rétablir l’autorité de l’Etat» sur l’ensemble du territoire national.

Cette autorité de l’Etat a sans doute été rétablie sans pour autant que les entités locales soient mieux administrées au plan administratif, sécuritaire, économique, sanitaire, scolaire. La «vie» a disparu dans le Congo-Zaïre profond. Comparaison n’est pas raison. Lorsqu’on circule dans n’importe quelle petite commune en France ou en Belgique, il est frappant de constater que les habitants jouissent d’un minimum de commodités et des services publics pour mener une vie collective sereine sans devoir aller «en ville». La police, la justice, l’administration communale, les commerces, les écoles, les hôpitaux ou cliniques, une garnison (éventuellement) un centre sportif etc. Ce sont là les services que l’on trouve généralement dans n’importe quelle entité communale en France ou en Belgique. La police, la justice, l’administration et l’armée sont les symboles de la puissance publique. A travers celles-ci, l’Etat dispose de moyens de coercition pour exercer une compétence exclusive sur son territoire.

On peut dès lors comprendre la facilité avec laquelle les pseudo libérateurs du 17 mai 1997 ont franchi, en sept mois, la distance séparant la ville d’Uvira, au Sud Kivu, à la capitale Kinshasa. Pour avoir oublié d’administrer l’arrière-pays, l’Etat zaïrois n’était plus qu’un corps sans colonne vertébrale. Bref, un «Etat néant». Depuis le mois de mai 1997, la situation n’a pas connu une mutation qualitative. Bien au contraire. Le délitement de l’Etat prend chaque jour des proportions inquiétantes. Les nouveaux détenteurs du pouvoir d’Etat donnent l’impression d’avoir été chargés d’une «mission». Une mission qui consiste à détruire les principaux attributs de la puissance publique. A savoir : l’armée, la police, la justice, la diplomatie, l’administration publique au sens le plus large, l’économie etc. Objectif : rendre l’Etat impuissant. A y regarder de près, l’impuissance publique, dans le cas de la RD Congo, présente les reliefs d’un phénomène organisé.

Les faits sont têtus. Dès la prise du pouvoir par l’AFDL, le socle de l’armée nationale a été détruit par l’internement à Kitona de plusieurs milliers d’éléments ex-Faz formés dans les meilleures écoles militaires. Certains n’ont eu le salut qu’en se réfugiant à l’étranger. Plusieurs militaires internés sont morts de maladie. D’autres ont été victimes de brimades voire d’exécutions extrajudiciaires. Les archives du ministère de la Défense nationale et ceux des services de renseignements civils et militaires ont été exfiltrés. Destination : Kigali ou Kampala. Les forces nationales de sécurité et de défense n’ont plus de mémoire. Plus de repères. La documentation du ministère des Affaires étrangères a été tout simplement incinérée. L’Etat congolais est aujourd’hui infiltré par des «agents invisibles» dont la mission consiste justement à «chloroformer» les pouvoirs publics afin prolonger cet état d’indolence. On apprend ainsi que les FARDC procèdent actuellement à des nouveaux recrutements alors que les responsables de la Défense nationale sont loin d’avoir maîtrisé les effectifs actuels d’une part et de l’autre, il y a des milliers des soldats et officiers ayant appartenu aux Forces armées zaïroises qui peuvent encore servir sous le drapeau. Pourquoi ne pas faire appel au service de ces derniers ? De quoi, de qui a-t-on peur ?

Dans la Province Orientale, les populations sont livrées à la merci des «éleveurs Mbororo» mais aussi des rebelles ougandais de Joseph Kony. Les pouvoirs publics n’ont rien fait pour leur venir en aide. La population des provinces du Kivu vit de manière dramatique cette impuissance de l’Etat à garantir la sécurité des personnes et des biens. A Kiwanja, au Nord Kivu, des journalistes ont rencontré plusieurs combattants du CNDP de Laurent Nkunda incapables d’articuler un seul mot de la langue française. Ils ne parlaient qu’en anglais ou en Kinyarwanda. Questions : une partie de la province du Nord Kivu est-elle encore sous occupation de l’armée rwandaise ? Quel est le degré d’indépendance dont jouit Joseph Kabila face à ses anciens mentors rwandais particulièrement l’actuel chef d’état-major de l’armée rwandaise le général James Kabarebe ? Faudrait-il orienter les recherches dans cette direction pour déceler les causes de l’impuissance publique qu’affiche l’Etat congolais ?

B. Amba Wetshi

 
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