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Lors de la campagne électorale pour la présidentielle de 2006, le candidat Joseph Kabila n’a pas présenté aux électeurs congolais un vrai projet politique. Le débat contradictoire prévu entre le président sortant et son challenger Jean-Pierre Bemba Gombo a été annulé par la Haute autorité des médias. Les deux prétendants ont pu ainsi échapper à l’épreuve cruciale consistant à un affrontement «projet contre projet». Ce n’est qu’au lendemain de son élection controversée en qualité de président de la République que Joseph a lancé le thème dit «Les cinq chantiers du chef de l’Etat». Il s’agit en gros des réalisations à accomplir dans les domaines ci-après : infrastructures (routes, autoroutes), emplois, logement, eau courante, électricité, santé et éducation. Un projet certes louable mais sans rapport avec les ressources connues de la RD Congo. Le budget de l’Etat pour l’exercice 2009 atteint à peine 5 milliards USD.
Le 11 avril 2008, les habitants de la localité de Kasumbalesa, dans la province du Katanga, étaient en liesse de voir le «raïs» congolais, juché sur un des engins de travaux publics venus de la lointaine Chine de Mao. Le «président élu» arborait son plus beau sourire. «Mes actes parlent pour moi», lançait-il aux journalistes présents. Napoléon ne disait-il pas que «l’action est la meilleure des communications» ? Kabila n’est-il pas venu procéder au «lancement» des travaux de construction de l’autoroute Kasumbalesa-Lubumbashi ? Dès le lendemain de la «fête», les ingénieurs chinois jettent un pavé dans la marre en relevant que le marché congolais ne dispose pas d’assez de ciments pour garantir la réalisation d’un tel ouvrage. L’information a manifestement été étouffée par la propagande officielle. Inutile de dire que les élections «libres et démocratiques» organisées en 2006 n’ont pas encore réussi à apporter un souffle nouveau fait de pluralisme et d’impartialité au niveau des médias d’Etat.
Trois mois après le voyage triomphal du «raïs», c’est la douche froide. En effet, fin juillet, le ministre provincial des Infrastructures du Katanga, s’est cru en droit d’annoncer urbi et orbi que «le faible volume du trafic actuel sur la route Kasumbalesa - Lubumbashi ne peut justifier la mise en oeuvre immédiate d’une autoroute». Et d’expliciter qu’une «autoroute viable» doit connaître un trafic horaire d’au moins 2 000 véhicules. «Or, dira-t-il, actuellement, on a à peine 120 véhicules par heure» sur le tronçon Kasumbalesa -Lubumbashi.». Conclusion : adieu l’autoroute. La route Kasumbalesa-Lubumbashi sera maintenue et réhabilitée. Etrangement, aucune autorité provinciale ou nationale n’est venue confirmer ou infirmer les propos de ce ministre régional.
Signe de temps. Depuis quelques mois, le microcosme politique kinois ne parle plus de «Cinq chantiers du chef de l’Etat». Il n’est plus désormais question «que» de «Cinq chantiers du gouvernement». Est-ce un transfert de responsabilité en prévision de ce qui ressemble bien à une chronique d’un échec annoncé ? Joseph Kabila et tous les apprentis sorciers de la politique qui l’entourent ont-ils réalisé après coup qu’il aurait fallu commencer par le commencement. A savoir, élaborer des études de faisabilité du projet présidentiel, pardon gouvernemental, d’en chiffrer le coût et enfin d’identifier les nations ou institutions financières disposées à apporter à la RD Congo un concours financier ?
Bien mieux. On apprenait grâce à une dépêche de l’Agence presse associée (APA), datée 7 janvier 2009, que la construction de l’autoroute Kasumbalesa-Lubumbashi «pourrait être retardée de cinq ou six ans», soit deux ou trois ans après la fin de la législature en cours. Qui parle ? C’est le directeur national du service des grands travaux, Busima Kataala, qui a fait cette annonce le week-end dernier à l’issue d’une mission au Katanga. Motif invoqué : une autoroute sur ce tronçon ne pourrait être rentable avant 2014. Et qu’il serait plutôt sage de réhabiliter la route Likasi-Kolwezi - longue de 300 kilomètres - laquelle présente un intérêt économique certain pour cette province. Busima n’a fait qu’enfoncer le clou placé par le ministre «katangais» des Infrastructures. Pourquoi a-t-il fallu attendre cinq mois pour passer aux aveux ?
Habitués à croire en leurs propres mensonges, les kabilistes continuent à gesticuler comme pour dire : «Tout va bien !». Ainsi, lundi 29 décembre dernier, Jean-Marie Kassamba, responsable de «la cellule de coordination des documents cadres pour la promotion des investissements et de la visibilité des cinq chantiers», organisait le premier anniversaire de cette structure. Il a, à cette occasion, réaffirmé sa «détermination à assurer plus de visibilité des cinq chantiers de la République démocratique du Congo». Jean Kimbembe Mazunda, conseiller du chef de l’Etat en matière d’infrastructures et aménagement du territoire, a, pour sa part, dit sa conviction selon laquelle «les cinq chantiers ne sont pas un slogan».
Face à un «immobilisme optimiste», il n’est besoin de chercher ailleurs les causes de l’inertie ambiante. Cette situation pourrait perdurer aussi longtemps que les Citoyens de ce pays n’auront pas compris qu’il leur incombe - à l’instar d’autres peuples - non seulement d’exiger des comptes à leurs gouvernants mais surtout de congédier, de gré ou de force, tous les pseudo hommes d’Etat ayant démontré leur incapacité à gérer les affaires de la Cité au mieux des intérêts de chacun et de tous. B. Amba Wetshi |