Sur le plan politique, en dépit des élections de 2006 qui auraient fait du Congo une démocratie, selon Louis Michel, l’ex-Zaïre n’est pas toujours un jardin où poussent les fleurs de la démocratie. Le pouvoir est encore et toujours au bout du fusil. Kabila Kabange ayant réussi à neutraliser Bemba Gombo par les armes, tous les politiques ont regagné les rangs du système, à commencer par ceux de l’opposition institutionnelle. A bout de souffle, l’opposition non institutionnelle s’apprête à son tour à regagner les rangs à travers les élections communales et locales, semble-t-il pour contrôler le pouvoir à la base.
Si ce n’est pas pour faire rire les vaches, comment dans un pays comme le Congo à démocratiser les administrateurs des territoires pourront-ils influer sur la gestion de l’Etat là où les gouverneurs des provinces qui ont des pouvoirs étendus leurs reconnus par la constitution dans le cadre de la décentralisation en sont encore et toujours à attendre des solutions de Kinshasa ? C’est dans ce contexte que se joue une tragi-comédie à l’UDPS à la suite de calculs politiciens effectués par ceux qui, manipulés par un ancien patron de la MIBA passé du mobutisme au kabilisme sans transition, espèrent une mort rapide de Tshisekedi en vue de leur accession à la mangeoire nationale. Pouah !
Une tutelle larvée !
Dès lors que l’opposition institutionnelle ne fait qu’accompagner la majorité kabiliste et que l’opposition politique avec l’UDPS comme locomotive ne semblent pas à la hauteur des enjeux, l’avenir est plus qu’incertain et l’horizon bien sombre d’autant plus qu’à travers une certaine assistance aux autorités congolaises par le biais de la MONUC, la communauté internationale a fini de manière insidieuse par mettre notre pays sous tutelle. Comme cela avait déjà été fait durant la transition post-dialogue intercongolais par le biais du Comité international d’accompagnement (CIAT).
Ce qui est curieux, c’est que de la dernière résolution du Conseil de sécurité de l’ONU (1856 du 22 décembre 2008), bien de Congolais n’ont retenu que le renforcement du mandat de la MONUC en vue d’utiliser tous les moyens en sa disposition pour protéger les civils. Pas de quoi pavoiser, car la belle MONUC avait déjà les moyens de sa politique lui conférer par une résolution précédente qui l’autorisait à recourir au Chapitre VII de l’ONU. Soit !
Seulement voilà : comme à travers le CIAT, cette fois c’est la MONUC qui se voit confier le rôle de gendarme et de conseiller auprès des Congolais qui sont de grands enfants.
C’est ainsi qu’au point 4 de la fameuse résolution du 22 décembre 2008, la MONUC se voit confier « le mandat de soutenir, en étroite collaboration avec les autorités congolaises, l’Equipe de pays des Nations Unies et les donateurs, la consolidation des institutions démocratiques et de l’Etat de droit et à cette fin de fournir des conseils en vue du renforcement des institutions et des processus démocratiques aux niveaux national, provincial, régional et local ». Autre mission confiée à la MONUC : « favoriser la réconciliation nationale et le dialogue politique interne y compris en offrant ses bons offices, aider à renforcer la société civile et la démocratie multipartite et apporter l’appui nécessaire au processus de Goma et de Nairobi ».
Il ne faut pas être un grand clerc pour saisir la portée de la mission supplémentaire confiée à la MONUC. En fait, en appelant à la réconciliation nationale, la communauté internationale reconnaît nul doute que cet objectif ultime défini par le Dialogue intercongolais n’a pas été atteint en dépit des élections de 2006 précédée par une transition qui portait les germes de la crise actuelle du fait que la même communauté internationale en avait fait une chasse gardée des belligérants qui se voyaient ainsi octroyer une prime de guerre.
En appelant également au dialogue politique, la communauté internationale vomit ce qu’elle a adoré hier et met en exergue la nécessité d’un réajustement politique qui ne peut se faire sans bousculer l’ordre institutionnel actuel.
Il ne reste qu’aux politiques de s’engouffrer dans la brèche et de transformer en énergie positive cette mise sous tutelle du Congo à démocratiser par le biais de la MONUC pour matérialiser le réajustement politique voulu par le Conseil de sécurité de manière à doter le pays d’un leadership responsable capable de saisir les enjeux au centre desquels se trouve le Congo.
De ce point de vue, en 2009, il y a raisons d’espérer. C’est l’unique perspective judicieuse.
Raymond LUAULA