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Une fois n’est pas coutume osons commencer par une digression. Dans son message prononcé lors de la fête de la Nativité, le Pape Benoît XVI a invité les hommes de bonne volonté à faire preuve de compassion en étant sensibles aux intérêts des autres. Selon lui, c’est une des conditions pour promouvoir la paix dans le monde. Qui oserait soutenir le contraire? Dans son message de fin d’année, le Saint Père a enfoncé le clou en lançant un appel à la terre entière afin que "la violence et la haine ne prennent pas le dessus" au cours de l’année 2009. Les deux messages de Benoît XVI pourraient faire sourire les «matérialistes» et autres «libres-penseurs». Erreur.
La fin de chaque année est généralement l’occasion de présenter, aux amis et proches, des vœux pour les 365 jours à venir. Généralement, ces souhaits tournent autour de quelques mots à charge très positive voire altruiste : santé, paix, bonheur, prospérité, amour. Force est de constater que ces assauts d’altruisme ne durent que le temps que durent les fêtes. Aussitôt après, l’homme retrouve sa vraie nature. Une nature égoïste et narcissique au point de refuser de reconnaître à l’autre les droits qu’il revendique pour lui-même. A savoir notamment : le droit à la vie, le droit à la dignité et au respect, le droit à une vie décente. Bref, le droit au bonheur. Tente-t-on de jouer les moralisateurs? Nullement!
On ne le dira jamais assez que de l’aurore au crépuscule, tout être humain sain de corps et d’esprit ne poursuit qu’un seul but : la satisfaction des besoins. Ces besoins peuvent être physiologiques (manger, dormir, se divertir etc.) ou psychologiques (la reconnaissance, la considération etc.). L’insatisfaction de ces besoins est l’élément déclencheur de tous les conflits. L’idéal serait, disent les spécialistes en «Communication non-violente», que chaque individu adopte dans ses rapports avec les autres une attitude «gagnant-gagnant» et non «gagnant-perdant». Tout perdant ne rêve, en effet, que d’une chose : prendre sa revanche.
Au-delà de son côté moral, les deux messages de Benoît XVI devraient amener les gouvernants des Etats à une introspection afin de corriger les erreurs et partant d’œuvrer à l’avènement d’un monde plus humain. Un monde plus solidaire. Un monde plus juste. Utopique ? Assurément pas. C’est d’ailleurs la raison d’être de l’institution étatique. L’Etat a été conçu pour rendre la vie collective non-anarchique, plus sûre tant pour les personnes que pour leurs biens.
Pour revenir à l’intitulé de cet «édito» et pour autant que le passé et le présent servent de repères pour baliser l’avenir, l’année 2009 risque d’être une période pleine d’incertitudes pour la RD Congo à l’image des années 2006, 2007 et 2008. «2009 sera une année difficile», a dit le gouverneur de la Banque centrale du Congo. En fait, la nouvelle année sera difficile au plan non seulement financier mais surtout politique et social.
L’année nouvelle sera d’autant plus difficile que l’Etat congolais est dirigé par des hommes et des femmes, élus, certes démocratiquement, mais qui ne jouissent plus de légitimité pour avoir donné toute la mesure de leur inefficacité dans la gestion de la Cité. Ces hommes et femmes ignorent des principes élémentaires que sont le «Bien commun» et le «Service public». Pour eux, le pouvoir d’Etat est considéré non pas comme une charge. Mais bien comme une simple baguette magique qui permet à celui qui y touche de changer de classe sociale.
Les années 2006, 2007 et 2008 ont été sanglantes. Le double massacre des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo (+/-240 morts) ; les affrontements à l’arme lourde, en plein centre des affaires de Kinshasa, entre les éléments attachés à la garde de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba Gombo et les membres de la garde prétorienne de Joseph Kabila (+/- 600 morts) ; la guerre au Nord Kivu ; le massacre de la population civile à Faradje et Doruma (Province Orientale) lors des affrontements entre les rebelles ougandais de Joseph Kony et les armées ougandaise, sud-soudanaise et congolaises. Ces événements sont la conséquence d’une mauvaise gouvernance. Le risque est grand que l’année 2009 ne soit qu’une continuité de ces "années violence". La Rd Congo a besoin d’un électro-choc. L’organisation des élections générales anticipées semble être la moins mauvaise solution pour un Etat qui se dit démocratique. Les gouvernants doivent poser la question de confiance au souverain primaire. C’est à cette condition seulement que 2009 pourrait devenir l’année du Changement. A défaut, c’est la continuité... B. Amba Wetshi |