L’armée, un des maillons faibles du système
Doit-on, face à ce constat négatif, continuer à parler d’amateurisme pour les gens qui sont au pouvoir plus de deux ans, si on s’en tient à la date des élections, et bien plus pour les autres ? Le fait est que l’on ne sent pas la présence de l’État. On ne voit pas une ligne politique forte et claire qui tend à sortir le pays du marasme dans lequel il sombre. En dépit du slogan des cinq chantiers, rien ne semble bouger sur le plan social, économique et pire encore, sur le plan militaire. Ce dernier ressort est devenu le maillon faible de toute la structure étatique. Il est l’exemplification de l’échec patent de la construction d’un pays fort et prospère au cœur du continent. Un pays sans fondement solide, un pays sans un système de défense susceptible de protéger sa population et de garantir la souveraineté de ses frontières, est un vaste champ à la merci de tout le monde. Certains pays voisins de connivence avec les puissances d’argent qui lorgnent nos richesses mettent à profit cette faiblesse systémique pour faire main basse des richesses que regorgent la partie orientale du pays.
Ainsi, actionnent-ils selon leur convenance la machine de guerre pour pouvoir piller illégalement le pays. C’est dans ce contexte qu’il faut situer la énième invasion du Rwanda au Congo, dans le Kivu en août 2008, par l’entremise de Laurent Nkundabatware. Rappelons que ce dernier, est un bras droit d’Alexis Kagame, ayant servi, comme par ailleurs Joseph Kabila, dans l’APR(Armée patriotique rwandaise). En vertu de ses « victoires militaires », il a étendu son territoire où il perçoit, en monarque, les taxes et impose ses règles. Profitant de la faiblesse de l’État congolais, il a obtenu des négociations directes avec le gouvernement faisant de lui un partenaire paritaire. La communauté internationale qui, sous d’autres cieux, combat férocement le terrorisme, l’accommode dans son rôle de truand et lui accorde une attention imméritée.
La guerre : une entreprise payante
Le jeu de Nkunda et de tous ses complices n’a fait que trop durer. Il est en train de paralyser systématiquement tout le pays à travers cette sale guerre. Celle-ci fait l’affaire de tous. Le gouvernement qui ne peut s’investir dans le redressement économique. Les pays voisins qui en tirent avantage en détournant au profit de leurs trésors les richesses pillées au Congo. La Monuc, qui a vu son mandat, mission louable, il faut le dire, prolongé, mais dont on ne peut taire toutes sortes de trafics illicites qui se font sur le dos des Congolais qu’elle arrive à peine à protéger. Et enfin, le Rwanda qui voit ainsi sa stratégie de déstabilisation du Congo continuer à lui porter des fruits notamment sur le économique et sur le plan interne où l’opposition ne pourrait trouver sa place au soleil tant que perdure l’alibi des menaces des Interamwe basés au Congo. Allons-nous ver la balkanisation ?
Cette année sera donc décisive pour les Congolais. Finalement, l’on saura avec exactitude les résultats visés par Nkundabatware. Il ne pourrait tirer en longueur les négociations suspendues et qui doivent reprendre le 12 janvier prochain. Une issue devrait être trouvée pour parvenir à pacifier la partie est du pays. La gageure est donc engagée des deux côtés. À moins d’un compromis malin qui pourrait satisfaire tout le monde, - chose que nous ne voyons pas – il y aura sûrement un gagnant et un perdant. En ce moment-là, les masques tomberont. Nous ne voyons concrètement pas ce que la bande à Nkundabatware pourrait soutirer de plus de ces négociations qu’elle n’ait obtenu à travers les accords passés. Avec beaucoup de réalisme, nous entrevoyons qu’il y aurait plutôt l’impasse. Les terroristes à la solde des Rwandais essaieront partout les moyens de faire monter les enchères de manière à bloquer toute solution négociée. Le statu quo ferait leur affaire. Il leur permettra de continuer à gagner du temps, de continuer à avoir le contrôle de ce vaste territoire sous leur coupe. La solution finale découlera d’elle-même. Puisqu’il ne pourrait y avoir des solutions militaires et considérant que les négociations politiques auront échoué, il ne restera plus que la voie de l’autodétermination et de la non ingérence du gouvernement central dans les affaires d’un territoire (État) dont il n’a pas de contrôle ni politique ni militaire. Ce qui veut dire en clair, défoncer la barrière de l’unité. Aller droit vers la balkanisation du pays.Le dernier mot appartient au peuple
Voilà – sauf retournement de la situation – le scénario probable auquel risque de nous mener la gouvernance de Joseph Kabila. Le peuple congolais pourrait toutefois se rassurer. Rien n’est encore fait et rien ne se fera non plus sans sa réelle volonté. Le futur qui se prospecte à l’horizon est teinté de sang. C’est un futur qui sera fait de guerres à répétition. Car, qu’on le veuille ou non, la partition dénoncée par beaucoup de gens et qui semble, à la lumière de l’interprétation des faits actuels, en train de se réaliser à petits pas, ne sera qu’une phase transitoire. Les vraies pages de l’histoire s’écriront diversement et avec d’autres acteurs politiques et militaires. Ce sont donc ces acteurs qui détermineront l’avenir et le devenir de cette partie de la république. Car, ils auront le consensus de la population. Avec cette dernière, la victoire est certaine. Une victoire de la raison, fondée sur la volonté du peuple de continuer à vivre librement dans l’espace Congo tel qu’hérité de la colonisation.
Mwamba Tshibangu