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Un journal dénommé «Presse vérité Ghana» annonce sous la plume d’un certain Hassan Coulibali que les «Occidentaux» prépareraient la destitution de Joseph Kabila pour installer, à titre intérimaire, le président du Sénat, Léon Kengo wa Dondo, à la tête de l’Etat. L’article, qualifié par l’auteur d’«analyse», ne contient que des hypothèses. Aucun élément factuel certain. Après recherche, il apparaît que cet organe de presse n’a jamais existé. Hassan Coulibali, non plus. Précision : le seul Hassan Coulibaly trouvé sur le «Net» est …commerçant en pièces détachées. Joseph Kabila n’a manifestement jamais lu les écrits du couple Milton et Rose Friedman. Ce couple d’économistes serait à la base du succès de l’ancien président américain Ronald Reagan. «(…) : un candidat aux responsabilités suprêmes ne devra pas se contenter de remporter les élections s’il veut avoir quelque chance de jouer un rôle différent. Il devra avoir un programme détaillé et parfaitement défini avant l’élection, écrivaient Milton & Rose Friedman (La tyrannie du statu quo, p. 32). Si un nouveau chef d’Etat attend en effet d’avoir remporté les élections pour transformer ses prises de position de politique générale en un programme précis, ses dispositions ne seront jamais prêtes à temps pour pouvoir être adoptées.»
«Le Président élu à l’approche du bilan»
«Elu démocratiquement» en octobre 2006, Joseph Kabila entame, dans moins de 48 heures, la «véritable» troisième année de son mandat à la tête de l’Etat congolais. Les prochaines élections générales sont prévues en 2011. Depuis quelques mois, une certaine nervosité est perceptible dans les milieux proches de la Présidence de la République. Et pour cause ? Tous les indicateurs socio-économiques sont au rouge vif. Le tissu industriel est en ruine. La misère se lit sur tous les visages. L’eau et l’électricité sont élevées au rang des denrées de luxe. La qualité de l’enseignement continue sa descente aux enfers. Il en est de même des soins de santé. Au plan politique, on assiste à une grave crise de confiance, teintée de suspicion, entre le Pouvoir et les Citoyens. A l’Est, les provinces du Nord et du Sud Kivu échappent chaque jour un peu plus à l’imperium de Kinshasa. Laurent Nkunda et ses combattants du CNDP ont pris le contrôle du Territoire de Rutshuru et des localités aux alentours.
«Les Cinq chantiers»
Selon des sources, le mouvement rebelle du «général Laurent» est occupé à consolider ses positions. Les Forces armées de la RD Congo se sont cassées plusieurs fois les dents en tentant de rétablir l’autorité de l’Etat. Dans la Province Orientale, les «éleveurs Mbororo» occupent plusieurs localités dans le Bas et Haut Uélé sans rencontrer la moindre présence d’un soldat ou d’un policier. On comprend dès lors que le chef rebelle ougandais Joseph Kony ait pu installer ses bases arrières dans une partie de cette région. Au total, les Congolais attendent désespérément le rétablissement de la paix et surtout le début de réalisation des fameux «Cinq Chantiers» promis par le «raïs». La réalité est cruelle. Les Congolais se disent avoir été victimes d’une escroquerie politique. Il ne fait plus l’ombre d’un doute que le candidat Joseph Kabila n’avait aucun programme. Les «Cinq chantiers» n’étaient qu’un slogan post-électoral. Sur le plan de l’éthique, la corruption a atteint la dimension d’une gangrène. Kabila et les membres de sa famille biologique sont dans tous les "coups". On apprend ainsi que Janet Kabila reçoit chaque année un montant de 5 millions USD en guise de budget de fonctionnement de la "Fondation Mzee LD Kabila". Ces deniers publics sont gérés sans le moindre contrôle. Des membres de la famille présidentielle sont devenus des riches spéculateurs en certains produits de base dont le ciment. Flairant l’opprobre, le «raïs» ne veut pas «mourir seul». Il cherche des boucs émissaires auxquels imputer la cause de sa défaillance. Les «services» sont manifestement appelés à la rescousse pour identifier les «responsables» de l’échec.
«Opération chirurgicale»
«Hassan Coulibali» du journal «Presse vérité Ghana» (en français), repris sur le Site Digitalcongo.net, rapporte que les «Occidentaux» - qui ? - prépareraient une «opération chirurgicale» dont le but serait d’«abattre» Joseph «ou» de «l’éliminer physiquement en douceur », «ou» de «provoquer des troubles». L’objectif, selon ce «confrère» consiste à «installer» Léon Kengo wa Dondo «comme Président intérimaire». A en croire ce «confrère», les «Occidentaux», entendent ainsi faire payer au «raïs» son ingratitude pour avoir fait la part belle de la reconstruction aux Chinois alors que c’est l’Occident qui avait financé les élections générales de 2006. L’apparition de la rébellion de Nkunda à l’Est constitue, dit-il, une preuve de la volonté de l’Occident de «mettre les bâtons dans les roues» de Kabila. Se référant à des «sources concordantes», Hassan Coulibali assure que «ce sont donc les Etats-Unis d’Amérique et la Grande Bretagne qui seraient en tête de cette Opération sous la couverture du Rwanda et de CNDP (…)». Il y aurait «déjà des ramifications à Kinshasa, après avoir réussi à faire les yeux doux à la France et à la Belgique.»
Une litanie d’hypothèses
La suite de l’article est une pitoyable litanie d’hypothèses mal ficelées. L’«opération chirurgicale», peut-on lire, aurait lieu «soit, lors du voyage du président congolais à bord de son avion» ; «soit» dans la résidence présidentielle où «il {Kabila, Ndlr} serait visé par un ou des tireurs d’élite, dans des conditions similaires que celles vécus par son défunt père» ; « soit encore, lors d’une cérémonie officielle où il serait criblé des balles, comme le pauvre président Sadate d’Egypte, au cas où il y prenait part». Hassan Coulibali qui reconnaît, in fine, que son «papier» n’est qu’une «analyse» et «une sonnette d’alarme» conseille néanmoins à Joseph de «prendre toutes ses responsabilités pour devancer ces programmeurs du mal, de manière à éviter le pire». Il s’agit, selon lui, de «restructurer de fond en comble les services de sécurité, l’armée et la Police Nationale en y nommant à des postes de responsabilité des éléments éprouvés compétents et capables de faire face à toute manœuvres sordide en vue et en octroyant à ces différents corps des moyens conséquents de leur politique.» Que conclure sinon que la preuve est ainsi faite, à travers cette pseudo-révélation, que la RD Congo est dirigée par des voyous. Des hommes sans foi ni loi. Des hommes convaincus de pouvoir conserver le pouvoir sans rendre le moindre service à la collectivité. Hassan Coulibali a raté une belle occasion de donner à Joseph Kabila la meilleure «recette» pour faire obstacle à cette «opération chirurgicale» : gouverner et administrer le pays ; rester à l’écoute et répondre aux aspirations de la population en termes d’amélioration de la qualité de vie. N’est-il pas trop tard? Baudouin Amba Wetshi |