|
Le regain des assauts des groupes armés en RDC en août 2008 était prévisible, selon Kris Berwouts, directeur d’Eurac, réseau d’ONG européennes pour l’Afrique centrale. Pour éviter que la région retombe dans une guerre internationale ouverte, Eurac, dont le Secours Catholique est membre, plaide pour l’envoi d’une force de stabilisation européenne au Nord-Kivu. Kris Berwouts a répondu à nos questions avant la conférence de presse du 17 décembre à laquelle il a également participé. Comment expliquer la nouvelle guerre malgré les accords de paix dans le Nord-Kivu ? L’intensification des combats aurait dû être signalée dès août dernier par la Monuc. La pression militaire de l’Onu aurait pu sécuriser les frontières, prévenir les trafics d’armes illégaux et couper les rebelles de leurs sources d’approvisionnement. Les accords de Nairobi en 2007 et les engagements pris à la Conférence de Goma en 2008 ne sont pas respectés parce qu’aucune pression réelle n’est exercée sur les signataires. Nous sommes convaincus de l’importance d’une solution politique, mais elle ne s’obtiendra que par des efforts tant militaires que diplomatiques.
Quelle proposition peut apporter un réseau comme l’Eurac ? La situation humanitaire et la situation politique doivent être stabilisées, tout en gardant le processus de paix sur les rails, car nous savons qu’il n’y a pas d’alternative. La Monuc, pourtant forte de 17 000 hommes, a un problème d’efficacité et de crédibilité. L’absence de protection des populations contre les exactions a un impact catastrophique sur elles. La Monuc est indispensable parce qu’elle fait respecter l’ordre. Il ne s’agit pas d’augmenter davantage son effectif, mais de lui donner les moyens d’appliquer son mandat. En revanche, nous proposons qu’une force de stabilisation européenne de 1 500 hommes avec un mandat court de trois mois, mette en vigueur les accords de Nairobi et de Goma. Nous sommes convaincus que l’impact serait à trois niveaux. Rassurer les populations, dissuader les rebelles de toute nouvelle attaque et renforcer la complémentarité opérationnelle entre les Forces armées du Congo et la Monuc.
Comment convaincre de mettre sur pied une telle opération dans le contexte actuel de crise économique ? Ce qui se passe sur le terrain va faire évoluer la volonté politique. Si le débat s’installe au sein de la société heurtée par les exactions commises, nous pourrions y arriver. La RDC souffre du démantèlement de l’État et de son implosion. Il est très complexe de reconstruire un État et les instruments qui lui permettent de fonctionner. C’est un travail long où la société civile a un rôle à jouer, particulièrement dans la lutte contre la corruption. Un travail de changement de mentalité de longue haleine. La RDC est un pays de contradiction, c’est un pays mort mais sa population vit toujours.
Propos recueillis par Emmanuelle Dethomas
|