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Lorsqu’on analyse les réactions, dans les médias et sur le «Net», de la grande majorité de Citoyens congolais sur la situation qui prévaut dans les provinces du Kivu d’une part et les relations entre la RD Congo et le Rwanda de Paul Kagame de l’autre, la tentation est forte de conclure que le Congo-Kinshasa est habité par un peuple émotif. Un peuple sans mémoire historique. Un peuple incapable de faire la distinction entre l’«effet» et la «cause». Un peuple qui préfère la facilité en se trompant de front et d’adversaire. En analysant divers écrits bien légitimes, il apparaît plus commode de s’attaquer au CNDP de Laurent Nkunda, au régime rwandais ainsi qu’à la Mission de l’Onu au Congo qu’à s’en prendre à l’incompétence avérée dont fait montrent Joseph Kabila - dans la gestion des affaires publiques - ainsi que tous les responsables politiques et militaires - bien connus - dont les carrières n’auraient guère été «prospères» sans l’adoubement de Kigali. Des hommes et des femmes censés assumer la responsabilité de la décadence nationale. Il paraît important que les Congolais se souviennent du passé pour comprendre le présent et envisager l’avenir.
Que faut-il retenir du passé ?
Fin septembre 1996, les Zaïrois d’alors ont entendu pour la première fois parler de l’existence d’une «tribu» dénommée «Banyamulenge». Il s’agissait en fait des membres de l’ethnie tutsie vivant à Mulenge, une petite localité située sur les hauts plateaux de la province du Sud Kivu. «Les Banyamulenge ont pris les armes pour reconquérir leur citoyenneté zaïroise», annonçaient la presse internationale au lendemain du déclenchement du pilonnage des camps des réfugiés hutus rwandais par l’Armée patriotique rwandaise (APR). On le sait, le vocable «Banyamulenge» n’a été qu’un ingénieux subterfuge pour camoufler l’agression du territoire zaïrois en mettant en avant une «rébellion interne». Fin octobre 1996, un «mouvement rebelle zaïrois» voit le jour…à Kigali. Il s’agit de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo). Il est composé de quatre organisations politiques. A savoir : l’ADP (Alliance des peuples) de Déogratias Bugera ; Conseil national de résistance pour la démocratie (CNRD) du «général» André Kisase Ngandu ; Mouvement révolutionnaire pour la libération du Zaïre (MLRZ) de Anselme Masasu Nindaga et le Parti de la révolution du peuple (PRP) de Laurent-Désiré Kabila (LDK). LDK a été introduit auprès de Kagame, alors vice-président et ministre de la Défense du Rwanda, par le chef d’Etat ougandais Yoweri Kaguta Museveni. LD Kabila est aussitôt promu «porte-parole» de l’AFDL – dont le siège était établi à Goma - par la volonté de Kagame et Museveni. C’est encore «Kaguta» qui introduira Jean-Pierre Bemba auprès de l’homme fort de Kigali. Il semble que le contact n’aurait pas été fructueux. Bemba écrit dans son ouvrage «Le choix de la liberté» qu’il avait perçu la volonté des dirigeants rwandais de tenir les Congolais sous leur contrôle. N’empêche. On verra défiler dans le chef-lieu du Nord-Kivu, quadrillé par l’armée et les «services» rwandais, divers opposants offrant un ralliement. Inutile de citer des noms. Ils sont connus. Nombreux sont encore aux affaires. Joseph Kabila ou «commandant Hyppo» a fait sa première apparition en mars 1997 à Kisangani. Il était présenté comme étant un officier des renseignements de l’APR et aide de camp du colonel «James», alors commandant des opérations militaires. Dans l’interview accordée à Congoindependant.com en septembre 2007, Laurent Nkunda déclarait avoir été chargé d’assurer la sécurité de «Joseph» dans le chef-lieu de la Province Orientale. Preuve si besoin en était que les deux hommes sont issus du même moule.
Le 17 mai 1997, Laurent-Désiré Kabila est porté au pouvoir suprême à Kinshasa. Le Zaïre est rebaptisé République démocratique du Congo. L’armée, les services secrets et la diplomatie sont dirigés par des vrais ou faux «banyamulenge». «James» {Kabarebe}, «Moses» et autres Bizima Karaha étaient présentés ainsi avec la complicité des Congolais. En 1998, c’est la rupture entre le «Mzee» et ses ex-parrains. «Nous n’avons quand même pas fait la guerre au Zaïre de Mobutu pour rien», déclarait Museveni. Cette phrase sibylline semble être la véritable cause de la déstabilisation de la partie orientale de la RD Congo. L’Ouganda et le Rwanda veulent se faire payer pour «services rendus» tout en emportant la caisse. Le chef d’Etat ougandais semblait, en effet, reprocher à «LDK» son «ingratitude» pour avoir accusé l’Ouganda de piller les ressources naturelles de la RD Congo. C’est la reprise de la guerre. L’appétit venant en mangeant, un nouveau «mouvement rebelle congolais» voit le jour début août 1998 à …Kigali. Son nom : RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie. Contre toute attente, le tout premier président de cette organisation politico-militaire n’est autre que l’opposant Arthur Z’Ahidi Ngoma. Cet ancien fonctionnaire de l’Unesco venait de sortir de prison de Buluo (Katanga) où l’avait jeté LD Kabila pour avoir dénoncé la présence envahissante des «Rwandais». Quelle incohérence ! Ngoma sera rejoint à Goma, sans jeu de mots, via Kigali, par plusieurs autres personnalités bien connues. C’est le colonel rwandais «Dan» qui gérait ce beau monde alléché par le pouvoir et ses privilèges.
Que retenir du présent ?
Le 16 janvier 2001, le «Mzee» meurt. Kabila est mort, vive Kabila ! Il est remplacé par «Joseph», un pur produit portant le label «AFDL». Les dirigeants rwandais ne cherchaient-ils pas à installer un «régime ami» à Kinshasa ? Après le Dialogue intercongolais à Sun City, le RCD et ses multiples dérivés (RCD- K/ML de Mbusa Nyamuisi, RCD national de Roger Lumbala) ont pu injecter dans les institutions congolaises des personnalités civiles et militaires estampillés «Made in Kigali». Après l’installation des institutions de transition, Joseph Kabila a procédé à la nomination des officiers supérieurs des FARDC (Forces armées de la RD Congo). Laurent Nkunda Mihigo y est repris au grade de général-major. «Laurent» rechignera de rejoindre Kinshasa arguant que la «réconciliation» n’avait pas été scellée. A son goût. La suite est connue. A tort ou à raison, plusieurs internautes dénient au «général Laurent» la citoyenneté congolaise. Les Congolais ont la grande faiblesse de ne concevoir la nationalité qu’en fonction des aspects sociologiques. Ils semblent perdent de vue que la nationalité est aussi un phénomène juridique. Un statut qui s’acquiert. Le débat consistant à savoir qui est Congolais et qui ne l’est pas est dérisoire. Il a ramené le Congo-Kinshasa au Moyen Age. La bonne question ne serait-elle pas celle de savoir l’apport de chaque citoyen pour conduire le pays sur le chemin du progrès économique et humain ? Questions : en nommant Nkunda au sein du haut commandement des FARDC, Kabila savait-il que cet officier n’était pas citoyen congolais ? Si la réponse est négative, c’est grave. Si, en revanche, elle est positive, c’est encore extrêmement grave. Ne devrait-on pas parler, dès lors, de trahison dans le chef du «raïs» congolais ? Osons faire l’avocat du diable : Joseph Kabila qui a fait son service militaire dans l’armée tanzanienne serait-il plus Congolais que Nkunda qui semble bien avoir des attaches au pays? Pourquoi les Congolais préfèrent faire l’impasse à toutes ces interrogations ?
Lors de l’élection présidentielle de 2006, Paul Kagame n’a pu dissimulé sa joie en apprenant la «victoire» de Joseph Kabila. Comment expliquer cette satisfaction alors que les deux Etats étaient encore officiellement «en guerre» ? Y aurait-il une certaine connivence entre les deux dirigeants ? A maintes reprises, votre serviteur a fustigé la mauvaise gouvernance du pays sous la direction de Joseph Kabila. Certains internautes n’ont pas trouvé mieux que de jouer la carte du fatalisme en rétorquant que «tout pouvoir vient de Dieu». Un autre a eu cette phrase : «La situation n’était guère meilleure sous Mobutu». Tout pouvoir politique n’a-t-il pas pour mission première d’améliorer les conditions sociales de la population? Il est surprenant d’entendre les Congolais – à partir de leurs salons – promettre des «bosses et des plaies» à Nkunda et Kagame en laissant sous silence la responsabilité de Joseph Kabila et ses chefs militaires dans la débâcle de l’armée au Nord-Kivu. L’armée nationale a subi des défaites humiliantes sans que le chef de l’Etat et ses généraux n’aient eu à rendre compte. Quel peuple sommes-nous ? Qui répondra des pertes inutiles en vies humaines et en matériels ? C’est un silence assourdissant que les Congolais affichent face à la dernière bourde en date : l’autorisation donnée à l’armée ougandaise – la même qui avait occupé une partie du territoire congolais – à traquer les combattants du chef rebelle ougandais Joseph Kony…sur le sol congolais.
Quid de l’avenir ?
Il ne sert à rien de se voiler la face : le Rwanda et l’Ouganda régentent la vie politique congolaise depuis plus d’une décennie. Et ce, avec la complicité plutôt active des Congolais eux-mêmes. Ces deux pays voisins «risquent» de continuer à le faire aussi longtemps que la population congolaise, elle, va se complaire dans ses incohérences consistant à afficher de l’obséquiosité face aux dirigeants et en fermant les yeux devant leurs errements. Cela s’appelle s’attaquer aux effets plutôt qu’aux causes. L’heure est venue de mettre le doigt là où ça fait mal. La faiblesse apparente de l’Etat congolais ne serait-elle pas la résultante de deux phénomènes, à savoir l’occupation de postes névralgiques par des hommes et des femmes tenus en laisse par certaines puissances étrangères (Angola, Ouganda, Rwanda etc.) et la duplicité d’une population habituée plus à se morfondre qu’à revendiquer ses droits. Une meilleure qualité de la vie, découlant de la bonne gouvernance, ne constitue-t-elle pas un de ces droits ? B. Amba Wetshi |