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Les masques tombent. Ainsi, les multinationales qui ont prospéré dans le commerce du coltan et attisé les appétits des groupes armés au Kivu et en Ituri ont, enfin, un visage. Américaines, allemandes, belges, britanniques, chinoises, helvétiques, juives, kazakhstanes, rwandaises,… : les sociétés prédatrices des ressources naturelles de la RDC sont de diverses nationalités. Restitution, dans cette édition, du rapport du Southern Africa Resource Watch (SARW). Plus de doute désormais. Les rebelles et autres groupes armés des Kivu sont soutenus par le commerce illégal du coltan, un mélange de deux métaux - le tantale et le columbium - appelé aussi colombo-tantalite. Cette activité lucrative et en marge de la loi explique la course au coltan à laquelle se livrent, des décennies durant, les multinationales et les pays voisins, allant jusqu’à déstabiliser durablement la RDC dans sa partie orientale. Un rapport du Southern Africa Resource Watch (SARW), daté novembre 2008, le démontre, cartes et statistiques à l’appui. Alors que les affrontements meurtriers opposant l’armée nationale congolaise aux rebelles de Nkunda ont contraint des centaines de milliers de villageois, depuis août dernier, de fuir leurs villages ou de s’exiler dans les pays limitrophes, le trafic du coltan se portait à merveille. Alors que plusieurs dizaines de milliers d’autres Congolais mourraient par balles, tués de sang froid par les belligérants, y compris les groupes armés Maï-Maï, les charognards du commerce des minerais congolais, nationaux et étrangers, civils et militaires, se frottaient les mains au vu de l’accroissement de leur compte en banque. Malédiction Neuf personnes sur dix en RDC étaient loin de s’imaginer que l’origine des malheurs du pays en général, et du Kivu en particulier, était justement la présence sous son sol des minerais qui font la fortune des pays industrialisés. A défaut de créer le bonheur, les diverses et nombreuses ressources naturelles dont regorge le pays ne lui apportent que malédiction. Des témoignages probants sont fournis à ce sujet par des institutions et ONG internationaux. Les rapports de Global Witness (GW), de Human Rights Watch (HRW), de Rights and Accountability in Development (RAID) sont éloquents. Ajoutons à cette liste non exhaustive le Rapport du panel des experts de l’ONU qui avait, en son temps, fait grand bruit sous le règne de M’zee Laurent D. Kabila. La nouveauté qu’apporte le Southern Africa Resource Watch (SARW) est que, au lieu de mentionner, sans les citer, les multinationales et d’autres entreprises prédatrices ayant bâti leur fortune sur les ressources de la RDC, tous les criminels bien identifiés sont livrés à la clameur publique. Cela fait un temps que des compagnies minières se manifestent dans les Kivu. D’autres y font des incursions pour ramasser la «manne» sans le moins du monde investir. Certains pays limitrophes, notamment le Rwanda au Kivu et l’Ouganda en province Orientale, n’ont pas hésité à s’approvisionner directement ou indirectement, comme dans un supermarket. Des acteurs locaux, civils et militaires, ont découvert leur Eldorado. Conséquence : la persistance de l’atmosphère de tension et la manipulation des groupes ethniques les uns contre les autres. Question fondamentale C’est donc sur une région à fort potentiel minier, caractérisée malheureusement par l’absence de l’autorité de l’Etat, que vient se greffer le trafic mafieux des minerais. Le SARW, pour dénoncer la pieuvre, ne fait pas dans la dentelle. Il est vrai que les maffieux, pour brouiller la traçabilité de leur «pêche», transitent, pour certains, par des sociétés écran. C’est un modus operandi très courant, mais qui n’échappe pas au scanner des enquêteurs têtus. Dans son souci d’informer largement le public, le Southern Africa Resource Watch (SARW) publie une liste de sociétés impliquées dans le commerce illicite du coltan au Kivu. Elles sont de diverses nationalités : américaine, allemande, belge, britannique, chinoise, helvétique, juive, kazakhstane, malaisienne, rwandaise. Au lendemain de la diffusion du rapport du SARW, les Congolais s’interrogent. Ils veulent savoir ce qui a changé après la publication du rapport de l’ONU daté 24 octobre 2002 et transmis au Conseil de sécurité. Question fondamentale : New York a-t-il observé la conversion des 54 personnalités, dont plus de vingt responsables politiques et militaires du Rwanda, de l’Ouganda, du Zimbabwe et de la RDC, citées alors comme les dirigeants des réseaux exploitant les richesses de la RDC ? (encadré) Entreprises impliquées dans le trafic du coltan au Kivu 1. Commet Uganda coltan trading Mr. Salim Saleh 2. Afrimex idem Grande Bretagne 3. Amalgamated Metal Corp. id. Grande Bretagne 4. Cabot Corporation tantalum processing USA 5. Cogecom coltan trading Belgique 6. Euromet id. Grande Bretagne 7. Finconcord SA id. Suisse 8. Finmining id. Saint Kitts(Antilles) 9. H.C. Starck GmbH & Co coltan processing RFA 10. Kemet Electronics capacitor/manufacture USA 11. Malaysian Smelting Cor. coltan processing Malaysie 12. Nac Kazatomprom tantalum processing Kazakhstan 13. Ningxia Non Ferrous Metals id. Chine 14. Pacific Ores Metals coltan trading Hong Kong/Chine 15. Raremet Ltd id. Saint Kitts (Antilles) 16. SLC Germany GmbH id. RFA 17. Sogem id. Belgique 18. Speciality Metals Company SA id. Belgique 19. Trademet SA id. Belgique 20. Trinitechinternational Inc. id/exploitation USA 21. Vishay Sprague manufacture USA/Israël 22. Eagle Wings Resources coltan exploitation Rwanda Le Potentiel
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