La plupart des membres de cette opposition institutionnelle furent des dirigeants sous le défunt régime du maréchal Mobutu. Une expérience utile qui ne devrait pas leur interdire de se constituer « opposants », mais de retomber dans l’indélicatesse de choisir entre un soutien au régime et une opposition qui n’en est pas une. Leur participation subreptice cache mal une allégeance à un semblant d’ordre démocratique, un mal nécessaire destiné à entretenir une légitimité à tout prix recherchée.
La pratique de l’opposition institutionnelle au Congo a eu à afficher ses limites. Les interpellations parlementaires, que la bande à Tshisekedi, Belchika, Ngalula Mpandajila et bien d’autres a faites subir, ironie du sort, à la plupart des adeptes de cette vieille forme oppositionnelle, qui relève du domaine du déjà-vu, ont certes eu l’avantage d’émasculer le régime du maréchal Mobutu mais sans totalement l’ébranler. Ce jeu de bling-bling est souvent un moyen destiné à entretenir la distraction et à détourner l’attention de la réalité à combattre. C’est dommage que se recrutent parmi les défenseurs acharnés de l’opposition institutionnelle aujourd’hui ceux qui, hier, ont eu à critiquer l’action du Vieux Etienne Tshisekedi et son mode d’emploi.
Les mêmes causes produisent presque les mêmes effets. Les mobutistes d’hier à la commande s’amusaient à débattre du budget au parlement, à compliquer les rencontres de l’USOR et des FPC, pendant que l’AFDL conduit par ses maîtres d’hier était déjà à la porte de Kinshasa. Tout en combattant énergiquement NKunda Batwaré, l’homme est annoncé à Goma alors que les mêmes qui eurent à traverser du RCD en passant par le MLC pour finir animateurs soit de l’AMP soit membres de l’opposition institutionnelle se complaisent à discourir sur le budget d’un gouvernement aux abois. On saurait le dernier à être surpris de les voir nous rejoindre en exil à l’extérieur. Le salut du peuple congolais viendrait d’un nouveau leadership.
L’état actuel du Congo est celui d’exception. Et à une situation d’exception, des mesures exceptionnelles. Le Congo n’est pas une démocratie. Il ne se trouve pas non plus en voie d’être démocratisé pour que ceux se battent pour ce projet futur se comportent en citoyens respectueux des droits face à leurs bourreaux.
Paraphrasant François Mitterrand, on affirmerait sans risque d’être contredit que l’erreur de l’élite politique congolaise était d’avoir cru ou de croire qu’elle pouvait « reconstruire une maison alors qu’elle était en train de brûler sous le feu ». Le Congo de Lumumba, le Zaïre de Mobutu Sese Seko, le pays du rêve de Tshisekedi, est en feu et en flamme. Il brûle. Faut-il chercher à éteindre le feu alors que la flamme est vive ? Faut-il laisser le Congo brûlé, parce qu’on y arriverait en retard, et tenter la reconstruction par la suite ?
Face aux manœuvres de NKunda Batwaré et de ceux qui l’ont fabriqué en se cachant dans ses habits, face au silence macabre et à l’irresponsabilité notoire d’un régime complice basé à Kinshasa qui a fini par se rendre à Canossa à Nairobi, les Congolais ont droit de savoir :
« Qui est qui ? Qui doit être protégé, par qui ? À quoi ai-je droit du seul fait de mon appartenance à une ethnie, à une région, à une religion ou à une fraternité ? Qui peut prendre le pouvoir et diriger un pays, dans quelles circonstances, comment, pendant combien de temps et à quelles conditions ? Qui a droit au produit du travail de qui et contre quelles compensations ? Quand peut-on cesser de se plier à l’autorité sans être puni ? Qui doit punir qui et pour quelles raisons ? Qui doit payer l’impôt et quelle est sa destination ? Qui peut contracter des dettes au nom de qui, à quoi doivent-elles être dépensées et qui doit les rembourser ? À qui appartiennent les richesses d’un pays ? » (Mbembe, 2000 :97). Les Congolais attendent des réponses à la série de ce questionnement au lieu de les divertir continuellement en tournant tout autour de la « logique d’émasculation de l’État » ou de celle « d’excision de [sa] souveraineté ».
Le mal est dans l’homme congolais dominé. Comment se comporte-t-il face à la volonté exprimée de sa domination par autrui. Achille Bembe déjà cité écrit dans son avant-propos à la seconde édition de De La Postcolonie, Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine qu’ : « Au lieu d’expliquer la nature et les causes de la domination par les raisons convenues (colonisation, impérialisme, lutte des classes, ethnicité, [… Il] propose de localiser […] la source de la domination dans la rencontre intime entre la volonté de celui ou celle qui veut l’exercer et le désir de celui qui, se laissant séduire, s’y soumet ou tente de capter, de la miner et, éventuellement, de l’utiliser à son profit ». C’est en ce moment là que l’homme congolais en particulier ceux se placent au devant de la scène trébuche. Hegel le décrit encore mieux dans sa dialectique du maitre et de l’esclave, un combat de prestige en deux « consciences », l’une qui serait prête à tout et l’autre dans une situation expectative embarrassé devant certains choix pourtant capitaux.
L’homme congolais serait-il condamné à être l’esclave ? Sinon, « que faire, [s’interrogeait Nelson Mandela] lorsque l’on refuse à un homme de mener la vie dans laquelle il croit ? [Il répondait] Il n’y a pas d’autre choix que de devenir un hors-la-loi », (Mandela : 1995 : ...)
MUFONCOL TSHIYOYO