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Des angolais et non européens au Nord-Kivu : Louis Michel poignarde Karel de Gucht dans le dos ! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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C’est décidément un poignard que Louis Michel a planté dans le dos du chef de la diplomatie belge, Karel De Gucht, qui s’employait à convaincre ses homologues ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne d’envoyer à l’Est du Congo à démocratiser une force « relais » à la demande du Secrétaire général de l’ONU, en attendant l’envoi de 3.000 nouveaux casques bleus de la Mission de l’ONU au Congo.

Alors que les 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne étaient réunis à Bruxelles le jeudi 11 décembre sous la présidence du français Bernard Kouchner, voilà que ce dernier reçoit sur son téléphone portable un appel de Louis Michel à partir de Goma. Sans aller par le dos de la cuillère, le commissaire européen à l’Aide humanitaire se comporte en directeur de conscience des ministres européens des Affaires étrangères en signifiant à Bernard Kouchner qu’il était délicat d’envoyer des soldats européens à la rescousse de la Monuc et que ce n’était pas la bonne option.

Ceux qui savent lire entre les lignes noteront que le lieu de l’appel de Louis Michel et le moment choisi n’étaient pas innocents. Comme Louis Michel s’y attendait, son message est passé comme une lettre à la poste. Car, son message a été transmis directement aux ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne par Bernard Kouchner non sans l’avoir commenté en soulignant que Louis Michel était sur place et avait un avis autorisé !

Ainsi a été écartée l’option d’une force militaire européenne à l’Est du Congo à démocratiser. Le gouvernement congolais qui n’a cessé de reprocher à l’Europe de rechigner à envoyer une force « relais » au Congo sait d’où souffle le vent. Cette fois-ci, il ne souffle pas d’où on pouvait l’attendre, de Karel De Gucht qui est en froid avec Kabila Kabange, mais bien du meilleur soutien de ce dernier, le chef de file de la « galaxie Michel ».

Pour arriver à ses fins, le commissaire européen à l’Aide humanitaire a offert ses services à Olussegun Obassanjo, envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la crise à l’Est de la RDC, en devenant à son tour son envoyé spécial auprès de Paul Kagame, Nkunda Mihigo et Kabila Kabange.

Mercredi 10 décembre, Louis Michel était à Nairobi pour conférer avec Obassanjo, le lendemain il était à Kigali chez Kagame le matin et dans la soirée à Jomba « chez » Nkunda, porteur d’un message curieux de la part de Paul Kagame au chef du CNDP : « son exigence d’avoir une négociation globale sur tous les problèmes de la RDC était inadéquate ». Pour peu qu’on soit lucide, comment ne pas se demander de quoi se mêle Paul Kagame dans une affaire qu’il a toujours qualifiée de congolo-congolaise ? Serait-ce un aveu que Nkunda recevrait des instructions de Kigali dont il ne serait que le bras armé d’une conjuration planifiée de loin par ces néocolonialistes qui militent pour une nouvelle géographie en Afrique à travers la balkanisation du Congo ?

Comment ne pas s’interroger sur les réelles raisons de l’activisme débordant de Louis Michel dans la crise à l’est du Congo quand il y va d’un commentaire suspect en soutenant dans une déclaration faite jeudi dernier à l’Agence France Presse depuis Goma: « tant que les revendications de Nkunda portent sur les préoccupations de la population de l’Est, c’est légitime » ? Comme si cette assertion n ‘était pas suffisamment de nature à mettre le trouble dans les esprits de bien d’ex-Zaïrois, Louis Michel, toujours cité par l’AFP ajoute : « Je lui ai dit qu’il devait d’abord se focaliser sur les problèmes qui font le conflit à l’est et pas généraliser tous les débats ». Vous avez dit « d’abord » ? Et ensuite ?

Cependant, en prenant en compte la dernière déclaration du président français sur l’inopportunité d’envoyer une force européenne au Congo, on peut comprendre les raisons cachées du refus de Louis Michel de voir des militaires européens déployer au Congo. Nicolas Sarkozy affirme que le président angolais lui a dit que son pays était prêt à envoyer des troupes au Congo à condition d’avoir un mandat de l’ONU.

Voilà donc l’arbre qui cache la forêt. Tout est planifié de sorte que le secrétaire général de l’ONU soit mis devant le fait accompli du fait du refus de l’Europe de répondre positivement à sa demande d’envoyer une force relais au Congo et n’ait d’autre choix que d’accepter une force africaine sous mandat de l’ONU. La porte serait ainsi ouverte à l’Angola de réaffirmer sa place de puissance militaire régionale. C’est une initiative qui n’est pas de nature à déplaire à Kabange qui rêve comme c’est notoire d’une victoire militaire. Il reste qu’au moment où des centaines des milliers de nos compatriotes du Kivu sont jetés dans la rue et condamnés à l’errance, c’est la moins bonne option car on peut savoir comment une guerre commence et non comment elle va se terminer.

Toutes choses restant égales par ailleurs, Louis Michel aura réussi son coup en obtenant de l’Europe qu’elle n’envoie pas des troupes à l’Est de la RD Congo. Cette manière de couper l’herbe sous les pieds du chef de la diplomatie belge est d’autant plus curieuse qu’elle va à l’encontre de la position officielle du gouvernement belge qui se disait prêt à envoyer 400 à 500 militaires au Congo dans le cadre d’une force européenne. Il est évident que cette diplomatie parallèle que mène la galaxie Michel (père et fils) n’est pas de nature à améliorer les relations exécrables entre Karel De Gucht et son prédécesseur de commissaire européen à l’Aide humanitaire qui fait preuve de manque d’élégance politique en postulant au poste non vacant de ministre belge des Affaires étrangères.

Quant aux Congolais qui regardent les étrangers décidés de la forme et du contenu à donner aux négociations de Nairobi entre le gouvernement de Kabila et le CNDP de Nkunda, ils devront toujours se rappeler cette belle litote d’un célèbre musicien sénégalais Ismaëlo : « ce que tu as perdu par les armes, tu ne peux le gagner avec des larmes ». En termes clairs, le mur des lamentations que nous érigeons en sollicitant la commisération de ceux dont l’agenda est pourtant de balkaniser le Congo « ne nous rendra pas le Congo ».

Raymond LUAULA

 
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