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Dans un camp de déplacés à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo. Denis Mukwege, un médecin congolais qui dirige un hôpital de l'est de la RDC spécialisé dans les femmes et enfants violés, estime que la crise au Congo est traitée par la communauté internationale avec une "hypocrisie inimaginable". (Reuters/Peter Andrews) Denis Mukwege, un médecin congolais qui dirige un hôpital de l'est de la RDC spécialisé dans les femmes et enfants violés, estime que la crise au Congo est traitée par la communauté internationale avec une "hypocrisie inimaginable". «Tout le monde sait. Plus de cinq millions de morts, et tout le monde le sait. On parle de 50.000 à 60.000 femmes violées chaque année», a-t-il déclaré mercredi dans une interview à Reuters après avoir reçu un prix des droits de l’homme décerné par les Nations unies. Mukwege juge que les 17.000 membres de la Monuc (Mission des Nations unies au Congo) sont réduits à un rôle d’observateur et auraient besoin d’un mandat plus ferme pour agir. «Je me demande toujours, où est la volonté politique pour changer la situation? Je crois que cette volonté politique n’existe pas.» Le Dr Mukwege dirige à Bukavu l’hôpital Panzi pour les victimes de viols, qui soigne chaque jour dix à douze femmes ou enfants. Avant la reprise des combats, des patientes parfois abusées un an auparavant voire davantage se présentaient dans on établissement. Aujourd’hui, il constate une nette recrudescence des nouveaux cas, alors que les affrontements qui ont repris à la fin de l’été ont fait plus de 250.000 déplacés.
LE VIOL COMME ARME DE GUERRE «Ce qui arrive aux enfants est encore plus brutal», souligne-t-il. «Le plus jeune enfant que j’ai traité était une fillette de trois ans avec le rectum et le vagin complètement déchirés.» Le viol, ajoute Mukwege, est employé comme une arme de guerre par les soldats et comme une «stratégie» par des groupes déterminés à détruire des communautés ou les chasser de leurs terres. «C’est fait avec un élément de spectacle, en public, devant tout le monde, avec humiliation.» «Si la communauté internationale faisait pression sur les acteurs de la guerre dans la région des Grands Lacs, cela cesserait immédiatement. Ce n’est pas une guerre civile, ce n’est pas une guerre idéologique, c’est davantage une guerre économique.» Les Nations unies ont demandé à l’Union européenne d’envoyer une mission relais dans la région avant l’envoi prévu de 3.000 renforts pour la Monuc, qui ne sont pas attendus avant environ six mois. Mais les Vingt-Sept sont divisés sur cette question. Kenneth Roth, directeur de l’organisation Human Rights Watch, également honoré par les Nations unies, a estimé que des pays comme la Grande-Bretagne, la France ou l’Allemagne faisaient tout pour éviter d’envoyer des troupes. «Il est temps pour eux d’arrêter de trouver des excuses pour ne rien faire», a-t-il dit au cours d’une conférence de presse Reuters |