Les médiateurs dans la crise en RDC ont invité lundi les rebelles de la province du Nord-Kivu et le gouvernement de Kinshasa au compromis, à la faveur d'une première rencontre en face-à-face pour tenter de désamorcer des tensions qui menacent de dégénérer en nouvelle guerre régionale.
Les diplomates ont accueilli avec un optimisme prudent la rencontre de Nairobi, pour laquelle ni le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, ni le général Laurent Nkunda, chef des rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), n’ont fait le déplacement.
«Je vous en prie, ne laissez pas tomber l’Afrique. Ne laissez pas tomber votre pays (...) Que ceci soit le début de la fin», a plaidé le ministre kényan des Affaires étrangères, Moses Wetangula, avant le début des discussions.
Le gouvernement de RDC a invité ce week-end une vingtaine d’autres groupes armés à participer à des discussions destinées à mettre fin aux combats dans l’est du Congo qui ont, depuis août, chassé de chez elles quelque 250.000 personnes.
Le CNDP a fait savoir qu’il n’était pas prêt à de telles discussions élargies mais aucun autre groupe ne s’est présenté et les deux délégations ont entamé des discussions à huis clos.
«C’est une occasion qu’il ne faut pas laisser passer», a averti l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, émissaire de l’Onu pour le conflit dans l’est du Congo. «Une solution militaire n’est pas une option, pas plus que le statu quo».
Les discussions se sont poursuivies jusque dans la soirée de lundi et un responsable de l’Onu a dit qu’elles devraient continuer mardi.
LES RACINES DE LA GUERRE
Laurent Nkunda a proclamé fin octobre un cessez-le-feu unilatéral alors que ses hommes étaient aux portes de Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu.
La trêve a été dans l’ensemble respectée par les rebelles et par l’armée gouvernementale, mais des heurts se sont poursuivis entre les combattants de Laurent Nkunda, d’une part, et d’autre part les Mai Mai et des rebelles hutus rwandais qui apportent ponctuellement leur soutien à l’armée gouvernementale, faible et indisciplinée.
Le ministre congolais de l’Information, Lambert Mende, a déclaré lundi que la RDC avait invité tous les groupes armés signataires en janvier d’un accord de paix. «Nous ne voulons laisser personne en dehors», a-t-il expliqué à Reuters.
Laurent Nkunda a jugé partial l’accord de janvier, appelé «Amani» («Paix» en swahili) et il l’a rejeté.
A la différence du gouvernement, les rebelles ne souhaitent pas que les discussions de Nairobi se tiennent dans le cadre de cet accord.
Moses Wetangula, le ministre kényan, a noté que d’autres processus de paix accueillis à Nairobi, comme celui de Somalie, avaient pris des mois.
Mais le CNDP espère des progrès sans tarder.
«Nous souhaitons discuter rapidement et retournez chez nous le plus vite possible, bien qu’il y ait de nombreuses questions à résoudre», a déclaré René Abandi. Il a aussi invité le gouvernement à signer officiellement un cessez-le-feu.
John Predergast, expert de la région basé aux Etats-Unis, souligne que la conclusion d’un cessez-le-feu n’extirperait pas les racines profondes de la guerre au Congo, en particulier la convoitise suscitée par les richesses minérales et la présence des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR).
Cette milice hutue compte dans ses rangs des auteurs du génocide de Tutsis par des extrémistes hutus, en 1994 au Rwanda. Le Congo accuse les rebelles tutsis de Laurent Nkunda d’être soutenus par le gouvernement rwandais à dominante tutsie du président Paul Kagamé. Les gouvernements de RDC et du Rwanda se sont mis d’accord la semaine dernière sur un plan de démantèlement des FDLR dans l’est du Congo.
Reuters