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Kabila semble privilégier l'option militaire Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Deux ans après l'élection à la tête de la République démocratique du Congo (RDC) du président Joseph Kabila, qui s'était présenté comme l'"artisan de la paix", la guerre ravage l'est du pays, où le président semble privilégier jusqu'à présent la voie militaire malgré les échecs de son armée.

"Dans la paix, reconstruisons notre pays! ", proclamait en 2006 l'un des slogans du candidat Kabila, lors de la campagne pour les premières élections démocratiques dans l'ex-Zaïre depuis plus de 40 ans.

A son actif, M. Kabila pouvait se targuer d'avoir mis fin à une guerre régionale de cinq ans (1998-2003) sur le territoire congolais, même si l'est du pays, la région la plus affectée par le conflit, n'était alors pas encore complètement pacifié.

Lors de son investiture, le 6 décembre 2006, il avait juré solennellement "de maintenir l'indépendance de la RDC et l'intégrité de son territoire" et de "sauvegarder l'unité nationale".

Mais deux ans plus tard, le constat est amer: "la situation sécuritaire s'est terriblement dégradée" dans l'est, qui avait voté massivement pour M. Kabila, constate Onesphore Sematumba, analyste au Pole Institute à Goma (est).

Les rebelles hutu rwandais "continuent à faire la loi" dans les Kivu, la guerre a "repris entre milices et armée" en Ituri, et surtout des combats à grande échelle opposent la rébellion de Laurent Nkunda et l'armée dans la province du Nord-Kivu, note-t-il.

La "désillusion est très grande" dans l'est, affirme-t-il. "Quand les gens sont allés voter en 2006, ils étaient chez eux. Aujourd'hui, ces électeurs vivent dans les camps de déplacés" dans des conditions misérables.

Depuis son élection, M. Kabila, un ancien général, "privilégie l'option militaire" sans en avoir les moyens: son armée, avec environ 125.000 hommes, est "indisciplinée, mal payée (...), corrompue", estime M. Sematumba.

Il souffre d'un "déficit d'analyse du contexte et a une approche incorrecte des opportunités et des obstacles", ajoute-t-il.

Résultat: "Nkunda a prouvé deux fois de suite (fin 2007 et fin octobre 2008) qu'il est plus fort que l'armée. Il est imbattable militairement. Mais pour l'instant Kabila ne l'a pas compris", assène Xavier Zeebroek du Groupe de Recherche et d'Information sur la Paix et la Sécurité (GRIP), de Bruxelles.

"Il se dit +je suis le président et je vais récupérer, le cas échéant par la force, la souveraineté sur l'ensemble du territoire+."

Il fait une "fixation sur une victoire militaire" car cela "serait un symbole fort de renaissance du +Grand Congo+ et le légitimerait (...) comme +homme fort+", explique M. Sematumba.

Ces derniers jours, des renforts de troupes sont arrivés à Goma, le chef-lieu du Nord-Kivu, selon des sources concordantes. Il s'agit de remplacer au moins quatre brigades qui ont littéralement "disparu" devant l'avancée rebelle, explique un expert dans la région.

Multipliant les contacts diplomatiques, M. Kabila semble aussi chercher un soutien militaire de ses traditionnels alliés régionaux, en particulier l'Angola, au risque d'une régionalisation du conflit. Pour l'instant en vain.

Le président, au pouvoir depuis 2001 après l'assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila, va devoir accepter le dialogue avec M. Nkunda car "il n'y a pas d'autres issues", selon l'expert.

Mais cela ne va pas être facile car "il n'est pas prêt à discuter avec quelqu'un qui va le contredire", ajoute-t-il.

M. Kabila n'exclut cependant pas le dialogue, mais il exige qu'il se fasse avec tous les groupes armés congolais des Kivu, en vertu d'un accord de paix conclu le 23 janvier dernier à Goma. Or nombre de ces groupes sont "fantoches" car destinés à "noyer" M. Nkunda, fait remarquer un diplomate à Kinshasa. Le chef rebelle réclame lui un tête-à-tête.

Le président "continue à se référer à un cadre de négociations dont tout le monde a dénoncé l'inefficacité", estime M. Sematumba.

L'envoyé spécial de l'ONU, l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, est arrivé vendredi à Kinshasa pour tenter de trouver une issue à l'impasse.

"J'ai peur qu'on entre dans une situation de statu quo, où ce n'est ni la guerre, ni la paix. Et en général, ça tourne au désastre", prévient le diplomate.

RTBF

 
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