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A chacun ses fosses communes ! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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L’orientation donnée aux images et commentaires sur la découverte de « 2000 » squelettes humains à Bukavu tendrait à accuser le RCD en dehors de toute expertise médicale et archéologique de datation historique. Comme dans une ambiance de règlements des comptes…Selon les informations diffusées par le radiotélévision nationale et relayées par de nombreuses chaînes locales, la découverte a eu lieu dans une concession nouvellement morcelée du quartier Pajeco de la ville de Bukavu, concession longtemps occupée, précise la même source, par une certaine Mme Marion, puis par un conseiller politique de Me Azarias Ruberwa, M. Kinganda, à l’époque où le Rassemblement Congolais pour la Démocratie occupait la ville. Selon la radio onusienne reprenant la radiotélévision nationale, « cet endroit servait de lieu d’exécution des gens pendant cette période d’occupation de la ville ». A en croire les premiers éléments parvenus à l’opinion, en fait de squelettes, il s’agit de fémurs, tibias et péronés entassés dans une fosse de près de trois mètres de longueur sur deux de profondeur. Rien, pour autant, ne dit jusque là qu’il s’agit effectivement d’ossements humains, a nuancé le procureur général de Bukavu, M. Melimeli, cité par Radiookapi. « A ce stade, a déclaré le haut magistrat, nous ne pouvons pas encore conclure qu’il s’agit d’ossements humains ou d’ossements d’animaux. Mais c’est à l’issue de cette étude de la médecine légale, anthropologique et archéologique que nous pourrons dire s’il s’agit d’ossements humains ou pas et à quelle date remontent ces ossements. Cela demande des travaux importants de fouille sur le site ».

Interrogé par la radio onusienne, le secrétaire général du RCD, Hubert Efole, s’est insurgé contre ce qu’il considère comme une manipulation. « Je crains que ce ne soit une manipulation. 2000 squelettes, c’est assez énorme que ça se soit passé dans une ville comme Bukavu, où il ne manque pas des extrémistes anti-RCD, et qu’on soit resté pendant toute la période de la transition sans que cela ait transparu ». N’excluant pas que des squelettes humains aient été effectivement découverts, le secrétaire général du RCD qui trouve bizarre toute cette affaire a tenté d’avancer une autre hypothèse. « D’ailleurs, on dit que le lieu en question n’est pas une habitation, mais une concession qui a été morcelée et vendue à plusieurs personnes. Rien n’indique que ce n’est pas une concession qui a été lotie sur un ancien cimetière. On a déjà vu des choses pareilles, et ça m’étonnerait qu’on ait fait cette découverte aujourd’hui et qu’on puisse dater ces ossements là d’une manière précise à l’époque où le RCD occupait encore Bukavu ». Interrogations Le moins que l’on puisse dire à ce stade est que ce n’est pas la première fois que des découvertes sont faites sur l’existence supposée ou non des fosses communes. Ces « découvertes » ont touché plusieurs provinces de notre pays, dont les plus récentes dans la province du Bas-Congo à la suite de la répression des adeptes de BDK, et les plus célèbres celles qui avaient en son temps déterminé le Conseil de sécurité de l’ONU à créer la Commission Amega pour enquêter sur les allégations faisant état de la présence des fosses communes dans la province de l’Equateur à l’époque de la rébellion de l’Afdl. Dans un cas comme dans l’autre, il faut avouer, à la grande déception des Congolais, que personne n’a jusqu’ici été en mesure de confirmer ou non l’existence de ces fosses communes. Il reste, en tout état de cause, que la disparition de 2000 personnes dans une ville comme Bukavu ne serait quand même pas passée inaperçue. De sorte que pour ne pas s’installer durablement dans ce climat de polémique et de règlement des comptes, les autorités congolaises seraient à coup sûr avisées, à la faveur de cette nouvelle affaire, de décider la création d’une commission chargée de vérifier, non pas seulement à Bukavu, mais sur l’ensemble du territoire national, les différentes allégations sur l’existence des fosses communes, ce qui contribuerait à évacuer cette épine dans le pied du processus de réconciliation nationale. Dans le même ordre d’idées, il va sans dire que sans une expertise scientifique avérée sur le plan de la médecine légale, de l’anthropologie et de l’archéologie, personne ne sera jamais en mesure de certifier que les ossements découverts à Bukavu sont à la fois humains et constitutifs d’une fosse commune. Sans cette expertise, sauf à vouloir soulever des passions dans un climat pourtant déjà très troublé, personne ne sera en mesure de donner la date exacte des faits, grâce notamment au procédé du carbone 14. Car si une chose est en effet de découvrir une fosse commune, une tout autre est d’en attribuer la paternité et d’en assumer la responsabilité, ou encore d’en apporter des preuves scientifiques irréfutables. En l’occurrence, rien ne dit que la fosse commune de Bukavu ne remonte pas, par exemple, à l’époque de la marche triomphale de l’Afdl et de ses alliés pour la conquête du pouvoir à Kinshasa.

Kenge Mukengeshayi

 
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