L’Afrique est menacée. Plus une seule partie du continent africain n’est à l’abri des mouvements insurrectionnels, de déstabilisation des institutions nationales. Et ce, à cause de ses richesses, de sa position géostratégique. Hier, c’était la Somalie, déjà en déliquescence. Aujourd’hui, c’est la République démocratique du Congo de subir la balkanisation compte tenu de ses innombrables richesses. Et voilà le coup de force, monté et manqué, de la Guinée-Bissau, oeuvre des narco-dollars. Ce n’est pas du tout des faits divers. Les « faiseurs de conflits », pour des raisons économiques, sont de retour. Déstabiliser l’Afrique, contrôler ses richesses et mieux consolider l’existence des « groupes identitaires », tels sont leurs objectifs. Création des « Etats nains » oblige.
L’Afrique est-elle de nouveau mal repartie ? L’on serait tenté de répondre par l’affirmative à cette pertinente interrogation au regard de la succession des actions dans le continent noir. En l’espace de deux décennies, l’on a assisté à une variété d’actions qui doivent interpeller les consciences sereines.
Hier, la Sierra Leone, le Liberia. Aujourd’hui, la République démocratique du Congo, le Darfour sont en ébullition. Et voilà maintenant la Guinée-Bissau est en agitation. Entre-temps, la Somalie n’existe plus en tant qu’Etat. Que se passe-t-il ?
Interrogation qui doit interpeller l’Union africaine si elle ne veut pas que l’Afrique replonge dans les années d’incertitude de 1960. Plus que jamais, l’Afrique est au centre de intérêts divergents à cause de ses richesses incommensurables. Qui plus est, elle risque de subir le contrecoup des appétits gloutons de grandes puissances qui, face à ces crises alimentaire, financière internationale, s’acharnent à conquérir des espaces économiques, à contrôler des richesses pour se mettre à l’abri des conséquences imprévisibles. Elles donnent ainsi raison à Alain Minc qui a estimé que la IIIème guerre mondiale aura bel et bien lieu avec cause principale, la raison économique.
Diamant, coltan, nobium, pétrole, drogue
On ne peut que lui donner raison. Lorsque l’on jette un regard lointain, les conflits armés en Afghanistan, en Irak, ne signifient nullement que dans ces pays la démocratie serait une illusion. Nenni. Mais tout simplement parce qu’ils regorgent des potentialités énormes qu’il faut à tout prix faire passer sous contrôle de grandes puissances.
En effet, la Mer Caspienne en Afghanistan demeure une réserve inépuisable de gaz. Il s’agit d’une potentialité énergétique sans précédent. L’Irak est l’un des pays aux ressources pétrolières importantes. Faut-il les laisser aux mains des « apprentis sorciers » ? Ce serait naïf de répondre par l’affirmative.
En Afrique, la République démocratique du Congo, nonobstant les turpitudes de ses dirigeants obsédés par le pouvoir, les richesses du Congo sont très attrayantes et suscitent des convoitises. Sinon, on ne peut comprendre que la classe politique congolaise continue à tourner autour du pot sans aller droit au but pour des solutions qui feraient passer avant toute chose l’intérêt supérieur de la Nation.
Subterfuge sur subterfuge, subtilité sur subtilité, la clase politique congolaise malléable à souhait prête le flanc à des faiseurs de conflits pour qu’ils contrôlent les richesses congolaises. Le diamant, l’or, le coltan, le nobium attirent des vautours de tout bord. Le pays est au bord de la balkanisation sur fond de prétextes futiles qui, en 1960, ne valaient pas la peine pour autant que la RDC demeure une mosaïque de tribus. Aujourd’hui, au nom de la protection des minorités, mais pour contrôler les richesses congolaises, on invente tout un artifice.
Voilà plus de deux décennies que la paix est insaisissable en RDC nonobstant la présence de 17 mille casques bleus, bientôt 20 mille. Mais rien n’y fait. Plus de 5 millions de morts qui n’émeuvent personne, particulièrement dans la partie occidentale de l’Europe et de l’Amérique allergiques aux droits de l’homme.
Que dire de la Somalie déjà en déliquescence ? Impuissance devant ces actes de piraterie, émanation des pays industrialisés. Toute une armada en mer et océan, comme dans un défilé de mode ou en parade, incapable de neutraliser les pirates qui réalisent des exploits inédits à la barbe de ces puissances occidentales. C’est à dormir debout. Comme en République démocratique du Congo, cette force internationale est incapable de « neutraliser » les pirates somaliens. Incroyable. Gros mensonge.
L’Afrique déstabilisée
Que l’on ne se fasse point d’illusions. L’Afrique est en train d’être déstabilisée sur toute sa dimension continentale. Comment expliquer que 20 mille casques bleus soient incapables de neutraliser près de six mille rebelles en République démocratique du Congo ? Entre-temps, l’on se perd en conjectures en évoquant le chapitre VII de la Charte de Nations unies pour créer des zones tampons qui pourraient devenir des limites territoriales. Mais sans arrêter le commerce clandestin des richesses naturelles de la RDC et le trafic frauduleux des armes.
Les faiseurs de conflits ont déjà réussi à faire de la Somalie un « non Etat ». Pour preuve ? Cette piraterie qui a pris de l’ampleur au vu et au su de grandes puissances militaires occidentale et orientale. Une armada est même dépêchée sur les lieux, en haute mer et océan ; mais se pavane. A l’image des casques bleus en RDC qui admirent les collines du Kivu, aux larges de la Somalie, les frégates et navires de guerre font le défilé de mode. Cynique. Et pourtant, des navires sont arraisonnés par de petites embarcations, mais l’on se contente des déclarations médiatiques. Rien de plus. Complicité.
La Guinée-Bissau est devenue le centre névralgique du trafic de drogues. Les narco-trafiquants s’y adonnent à coeur joie à ce commerce meurtrier pendant que de grandes puissances ont déclaré la guerre à ces narco-traficants. Rien n’y fait, alors que le circuit est connu en partant de l’Amérique du Sud. La lutte internationale contre ce commerce se porte bien. Par contre, ce sont les institutions nationales qui prennent un grand coup. En RDC, en Somalie, et maintenant en Guinée-Bissau. Ce dernier pays a comme voisins immédiats la Guinée Equatoriale, pays pétrolier, le Sénégal, la Côte d’Ivoire. C’est l’Afrique occidentale qui est menacée.
L’Union africaine interpellée
Il ne s’agit point ici des faits divers. Mais des événements qui se lient et se complètent pour souligner le retour en force des « faiseurs de conflits » Des ennemis du développement de l’Afrique qui visent à instituer des « Etats nains » en vue de contrôler les richesses de l’Afrique.
L’Union africaine est interpellée et devrait refuser de banaliser les faits comme pour croire qu’en Afrique, il est impossible d‘instituer des « Etats démocratiques et prospères ». Que des élections n’auraient aucun sens sur ce continent.
L’heure est grave. Le moment est venu d’aller au fond des choses pour neutraliser tous ces «faiseurs de conflits » qui agissent au nom des intérêts économiques. De cette nouvelle approche néfaste de la géostratégique qui marginalise l’Afrique.
Par Le Potentiel