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Journaliste congolais assassiné: la piste militaire n'est pas exclue Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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CONGO-KINSHASA. Obsèques du reporter d’Okapi tué vendredi soir.

«Ici, c’est la révolte. L’incompréhension. En plus, on dirait que c’est la presse qui est ciblée! L’assassinat de mon frère n’est pas un fait divers macabre. Chez nous, c’est la misère noire. Si on tue quelqu’un pour son argent, on ne lui laisse pas 50 dollars, son talkie-walkie et des objets de valeur dans la poche.»

Joint par téléphone à Bukavu, Déo Namujimbo est un homme en colère. Très en colère. Le correspondant d’InfoSud en République démocratique du Congo (RDC) est le frère de Didace Namujimbo, le journaliste de Radio Okapi assassiné vendredi soir par balle, alors qu’il rentrait chez lui. Entouré de la population locale et de nombreux journalistes, Déo s’apprête à assister à l’enterrement: «Le soir de l’assassinat, des habitants racontent avoir croisé trois militaires qui parlaient lingala, la langue de l’armée gouvernementale. D’abord, ils ont été surpris, car c’était la première fois qu’ils en croisaient la nuit. Mais après, ils ont fait le rapprochement avec l’assassinat de mon frère. L’enquête s’oriente maintenant vers la piste des militaires. Mais je n’ai aucune idée du mobile.»

Radio Okapi a été lancée en 2002 par des journalistes suisses, en réponse à la barbarie du génocide rwandais - attisé par les «médias de la honte», dont la tristement célèbre Radio des milles collines. Au Congo, c’est la première radio qui diffuse une information honnête et indépendante sur tout le territoire national. Elle est gérée par la Mission de l’ONU (Monuc) et la Fondation Hirondelle. Au siège de Lausanne, Jean-Marie Etter, le président de la Fondation, peine à cacher son émotion. Mais il reste très prudent: «Une enquête a été ouverte, mais à ce jour nous ne savons pas si Didace a été assassiné parce qu’il était journaliste. Même si nous ne pouvons pas l’exclure.»

Deuxième en dix-huit mois

Cet assassinat est d’autant plus grave qu’il intervient dix-huit mois après celui de Serge Maheshe, chef d’antenne de Radio Okapi à Bukavu. «Radio Okapi dérange tous les responsables et les agents sociaux qui ne veulent pas d’une information citoyenne, solide, sérieuse et complète, souligne Jean-Marie Etter. Tous ceux qui ont un pouvoir arbitraire: les porteurs d’armes, parmi lesquels les officiels, les groupes armés et les bandits. Des gens qui font régner la terreur et que le travail de journalistes comme Didace, courageux et renseignés, dérange énormément. Le Congo est le théâtre d’intérêts financiers, économiques et politiques en tout genre, qui ne sont pas officiels ni visibles.»

Daniele Piazza, un journaliste de la Télévision suisse italienne, avait travaillé avec Didace en 2007. «Dans ces régions, il n’y a pas de dépêches d’agence qui tombent dans les rédactions, nous explique-t-il. Les journalistes doivent faire la chasse à l’info. Ils vont sur le terrain, discutent avec la population. Et finissent par oublier l’insécurité. Car, même s’il n’y a pas de conflit ouvert au Sud-Kivu, il y a toujours des poches de révolte, et l’insécurité est permanente.»

«Tous les journalistes se sentent menacés, renchérit Déo Namujimbo. L’enquête sur le meurtre de Serge Maheshe n’a rien donné. Il y a quatre jours, le chauffeur d’une radio locale a été poignardé.» Que peut faire la communauté internationale pour les protéger? «Difficile à dire, concède-t-il. Nous allons y réfléchir. Mais, de toute façon, vous ne pouvez pas mettre tous les journalistes entre quatre murs.»

Isolda Agazzi, InfoSud

 

 
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