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Soldats et rebelles unis dans le pillage des minerais... et des populations Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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L'entrée des carrières de Bisié, dans la région de Walikale, à 300 km à l'ouest de Goma, est sous bonne garde. Des centaines de militaires congolais se relayent sur ces collines riches en cassitérite. Oublié le coltan, utilisé en électronique et si précieux qu'il a financé les guerres congolaises du début des années 2000. Aujourd'hui, c'est le minerai d'étain qui permet d'acheter des armes, de payer les soldats et de bâtir de petites fortunes.

« Nous sommes devenus les esclaves des militaires, explique Ignace, un mineur de 17 ans. Ils ne nous paient rien. Même trouver à manger est parfois pénible. » Pour les militaires de l'armée congolaise (FARDC), il n'y a pas de petits profits. Pour accéder aux carrières de Ma-noire, les terrassiers déboursent 10 dollars et versent 10 % de la valeur du minerai qu'ils acheminent à Ndjingala. Quarante kilomètres à pied pour le vendre à d'autres militaires dont les petits avions transportent la cassitérite vers Goma ! Une fois le minerai revendu et traité, l'étain prend la direction de l'Ouganda ou du Rwanda. De là, il est convoyé vers Mombasa ou Dar es-Salam. D'autres mines sont sous le contrôle des groupes armés. Le colonel Samy Matumo règne sur un gisement proche de Bisié.

Ce Maï-Maï commandait la 85e brigade des FARDC. Il a pris le maquis et, depuis 2005, gère une mine de cassitérite qui appartient, sur le papier, à un consortium anglo-sud-africain. Cette petite entreprise a rapporté 80 millions de dollars en 2007. Mais la population de Bisié, une horde désespérée de terrassiers, n'en a guère vu la couleur.

Là encore, pas de petits profits. Les miliciens de Matumo taxent tout : la farine, le sucre, l'huile, le savon, la bière, les passes aux bordels... Les transporteurs et les négociants en minerais mettent aussi la main au portefeuille : « Au moins, je suis protégé ; je sais que je peux me promener ici avec de grosses sommes en liquide », se félicite Bakwe Selomba, un intermédiaire. Selon un officier de renseignement congolais, ces taxes rapporteraient de 300 000 à 600 000 $ chaque mois.

Les terrassiers ignorent tout de la cassitérite. « C'est pour faire des armes », suggère Djuma Assualani. « C'est quelque chose comme de l'or, réplique Makami Kimima. Ça part en Amérique. Et en Chine. Ça rend les gens riches. »

Officiellement, 7 250 t de minerai d'étain ont quitté Goma en 2007. Des experts parlent de 18 220 t, d'une valeur de 115 millions de dollars. Seuls 800 000 dollars sont allés dans la poche des terrassiers. Le reste a grossi les comptes des militaires, des chefs de guerre et des rebelles. Pour une fois alliés...

Ouest-france avec lSyfia.

 
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