|
Deux jours après le cessez-le-feu, et alors que la situation s'aggrave en République démocratique du Congo (RDC), les rebelles tutsis de Laurent Nkunda ont affirmé qu'ils allaient se retirer sur plus de 40 kilomètres, "pour redonner une chance à la paix". De son côté, le président Joseph Kabila a limogé le chef d'état-major pour remettre de l'ordre au sein de son armée dissipée et démotivée. Après plusieurs semaines de combats entre les rebelles tutsis du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda et l'armée congolaise dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), et alors que la situation se détériore de jour en jour, le président Joseph Kabila a décidé d'employer les grands moyens. Face à l'inefficacité de ses troupes, indisciplinée et démoralisées, Joseph Kabila a limogé mardi le chef d'état-major des armées, le général Dieudonné Kayembé. Ceci afin de "changer de dynamique après les défaites", a déclaré un membre de l'entourage du chef de l'Etat. Kayembé a été remplacé par Didier Etumba, ancien chef des renseignements militaires, a précisé la télévision congolaise.
Deux jours après la promesse d'un cessez-le-feu, un engagement réitéré ce mardi -les hommes de Nkunda ont annoncé qu'ils allaient opérer un retrait de 40 kilomètres sur les axes routiers principaux, afin de "donner une nouvelle chance à la paix"- la situation ne s'était absolument pas calmée sur le terrain en début d'après-midi. Des combats ont été constatés dans la zone clé de Kanyabayonga, où se trouvent de nombreuses ressources minères, dans l'Est de la province du Nord-Kivu. Et les Forces armées de la RDC (FARDC), qui tentaient de se retirer mardi de cette région après une offensive rebelle, ont été bloquées par un barrage tenu par un groupe de patriotes résistants congolais, des miliciens Mai Mai qui se battent aux côtés du pouvoir central contre les rebelles.
Pillages et vols perpétrés par l'armée régulière
"Nous les arrêtons et nous essayons de les forcer à repartir au front. C'est notre boulot. Nous ne comprenons pas comment ils peuvent fuir alors que les rebelles sont sur le point de prendre Kanyabayonga", s'est exclamé le général Sikuli Lafontaine, le chef des Pareco qui se confiait à Reuters. "Ces soldats sont des lâches. Ils ne font que fuir, puis violer et piller dans les villes", a-t-il dénoncé. Il est vrai que selon l'ONU, toute la région de Kanyabayonga avait été la semaine dernière le théâtre de pillages et d'exactions "à grande échelle" perpétrés par des éléments des FARDC. De leur côté, ces derniers disent ne plus être payés depuis un an et manquer de nourriture et de soins.
La situation semble échapper à tout contrôle. L'aide humanitaire peine à arriver jusqu'à la population à cause de la violence et de l'état des routes dû aux fortes pluies. Plus de 28 000 personnes, sur près de 300 000 déplacés, se retrouvent de ce fait démunis et isolés. Même l'ONU est dépassée. La Mission des Nations unies en RDC (Monuc) dispose pourtant de 17 000 soldats dans la région et du "droit de tirer si nécessaire" pour contrer les offensives rebelles -une procédure exceptionnelle qui n'avait pas été mise en place chez les casques bleus depuis la guerre du Kosovo, à la fin des années 90. Mais elle pourrait envoyer du renfort dans l'Est de la RDC. La France a présenté une résolution prévoyant le déploiement de 2785 soldats et 300 policiers supplémentaires.
Pour mémoire, le conflit remonte à l'époque du génocide rwandais de 1994, quand les milices hutus ont massacré quelque 800 ;000 Tutsis et Hutus modérés avant de fuir dans l'Est de la RDC. Laurent Nkunda affirme que son objectif est de rendre justice au "peuple tutsi". Il accuse Kabila de s'appuyer sur les combattants hutus des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda, impliquées dans le génocide des Tutsis) pour le combattre, ce à quoi le président congolais répond que lui est soutenu par le Rwanda. Officieusement, l'enjeu est également le contrôle des matières premières. Du coltane, d'abord -un minerai recherché qui sert dans la fabrication des téléphones portables, de consoles de jeu, d'ordinateurs portables ou encore de réacteurs nucléaires- mais aussi de l'or ou encore du cuivre... La richesse du sous-sol de la RDC attise les convoitises, et cette guerre vielle de plus de dix ans devenu un véritable brouillamini de conflits d'intérêts impliquant une multiplicité d'acteurs. Marie DESNOS
|