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Pour Laurent Nkunda, le Tutsi est un peuple « spécial » qui a droit à un statut « spécial » au Congo… La raison de son combat. Ceux des Congolais, naïfs, qui croient soutenir un mouvement national de Laurent Nkunda qui veut prendre le pouvoir à Kinshasa pour défendre le peuple congolais, doivent déchanter pour avoir été servis à la suite de l’analyse d’une journaliste de radio Première de la Rtbf, ce matin 13 novembre 2008, qui a repris la thèse essentielle de tout le temps du criminel du Nord-Kivu. A la question du présentateur de savoir que veut Nkunda, la réponse fuse sans atermoiement : il veut un statut « spécial » pour son peuple, Tutsi, « spécial » par rapport à d’autres Congolais. Voilà qui est finalement bien dit. Laurent Nkunda a repris à son compte les revendications rwandaises qui déstabilisent l’est de la RD Congo pour faire la chasse aux Hutu rwandais, à la base du génocide dans leur pays en 1994. Et comme la communauté internationale s’est faite adepte du fonds de commerce rwandais, à savoir le génocide, les Congolais doivent craindre le pire, la perte d’une partie du territoire congolais où les Tutsis vivraient seuls chez eux, sans la présence d’une autre ethnie congolaise. C’est la proposition finale de Laurent Nkunda. En fait, un peuple spécial, d’une ethnie spéciale ne peut s’encombrer de la présence d’autres ethnies qui constituent pour eux des peuples de seconde zone. Celle-là a toujours été la ligne de conduite de Paul Kagamé. On peut, à partir de ce constat comprendre qui est génocidaire et qui ne l’est pas ; qui veut effacer les autres et qui ne le veut pas. C’est du racisme pur, sans faux-fuyant. Pour vivre en paix en RD Congo, veut insinuer Nkunda, les Tutsis congolais doivent disposer d’un espace où ils seraient avec la nature, éloignés d’autres ethnies. C’est aussi ce qui justifie les massacres à grande échelle des autres populations congolaises afin de créer un espace exclusif aux Tutsis qui, faut-il le rappeler et n’en déplaise à Nkunda, ont toujours vécu en symbiose avec les autres Kivutiens ou mieux, avec les autres congolais.
Mais, lorsqu’un auditeur demande à Louis Michel, au cours de la même émission, s’il n’y a pas lieu de condamner les velléités de Laurent Nkunda, il condamne, à raison d’ailleurs, le discours stupide de Nkunda qui veut aller jusqu’à Kinshasa puisque son mouvement serait national dans sa tête. Car aucun congolais digne de ce nom n’ignore qui il est et qui se cache derrière son combat. Si d’une manière générale, l’intervention de Louis Michel a soufflé le chaud et le froid, il a laissé certains Congolais sur leur soif lorsqu’il a déclaré : « Nous évoluons de manière démocratique dans ce dossier». . Il n’a pas expliqué à l’opinion belge comment les régimes démocratiques du monde s’accommodent-ils des cruautés d’un Chef rebelle alors que toutes les rébellions en Europe n’ont jamais eu de soutien? Comment les régimes dits démocratiques comprennent qu’un groupe ethnique donné puisse se décider de prendre des armes pour massacrer d’autres populations, tout simplement puisqu’il parle une autre langue ou dialecte que les autres ? Comment peut-on comprendre qu’un groupe ethnique donné, vivant au milieu des milliers d’autres ethnies, peut-il se croire supérieur aux autres au point d’exiger un statut spécial, sans une condamnation énergique de la communauté internationale ? Quel régime démocratique, en Europe, compose ouvertement ou en catimini avec l’ETA ou les Indépendantistes corses qui se battent tous les deux pour l’indépendance de la Basque, en Espagne, et de la Corse, en France? Pourquoi alors ce qui est condamnable en Europe devrait être accepté ou toléré en Afrique, en général, et en RD Congo, en particulier ? A moins que ce soit juste une manière d’adhérer à ce vieux principe chinois de politique étrangère selon lequel « la meilleure manière de tenir en respect les peuples barbares est de les pousser à s’entretuer indéfiniment dans des guerres intestines [1]». Joseph Kabila n’ayant pas fait confiance à l’Occident après les élections, à la suite des contrats signés avec la Chine, il fallait allumer le feu, avec les mêmes acteurs déjà à leur solde, le Rwanda et l’Ouganda. Et pour en faire à une affaire congolo-congolaise, on a utilisé, comme toujours des Congolais de paille, comme ce furent les cas du Rcd, Rcd/KML, Mlc, ou l’Afdl afin d’endeuiller davantage la RD Congo, avec le soutien des mêmes pays voisins. Les écrits de Colette Braeckman à ce sujet sont éloquents. Elle avait prévenu des sanctions possibles contre Joseph Kabila pour son ingratitude vis-à-vis de l’Occident qui avait pris à bras le corps l’organisation du dialogue inter congolais, de la transition ainsi que des élections qui l’ont porté au pouvoir en 2006. Le choix de la Chine avec des contrats mirobolants a été un élément déclencheur de la crise actuelle. La journaliste du quotidien belge Le Soir disait exactement ceci, le 29 octobre 2007 : « Tous les Congolais sont persuadés du fait que la montée en puissance de Nkunda, la publicité dont il bénéficie en Occident, sont surtout l’expression d’un rappel à l’ordre adressé au président Kabila : c’est la Monuc (financée par les Etats-Unis) qui a contribué à la pacification du pays, ce sont les Européens, et les Occidentaux dans leur ensemble qui ont financé l’exercice électoral le plus coûteux de l’histoire, dotant le pays d’une constitution et d’institutions légitimes. Ces grands acteurs se sentent frustrés par l’irruption du nouveau venu qu’est la Chine. Les jours à venir diront si le président a réussi à convaincre ses interlocuteurs occidentaux du fait que dans son vaste pays aux innombrables richesses, il y a place pour tout le monde ou s’il risque d’être sanctionné par rebelles interposés pour avoir exercé, comme son père avant lui, un certain « devoir d’ingratitude » et une évidente volonté de souveraineté. Avec cette différence que lui, il a été élu et qu’il a pris des engagements auprès de sa population[2]…» Les Congolais, à la lecture de ce message prémonitoire, doivent finalement savoir qui fait et pourquoi les uns et les autres tiennent parfois des discours alambiqués, s’interdisant toute condamnation énergique de Laurent Nkunda dans la partie orientale du pays. Laurent Nkunda est donc la fabrication de ceux qui en veulent au poulain d’hier, Joseph Kabila, à la suite de ce devoir d’ingratitude, qui l’a amené à tourner le dos à ses protecteurs traditionnels pour embrasser l’ogre chinois qui passe de nos jours pour le rival dangereux et inévitable du monde occidental. C’est sans doute pour cette raison qu’aucun de ces mouvements rebelles n’ait reçu les faveurs des Congolais qui avaient déjà opté pour une accession au pouvoir par toute autre voie que les armes, comme l’ont stipulé les différentes résolutions de la Conférence nationale souveraine, Cns. Le seul mouvement rebelle à avoir eu l’aval du peuple congolais demeure, malheureusement, le « conglomérat d’aventuriers et d’opportunistes » de l’Afdl pour avoir suscité l’espoir de la mise à l’écart du régime mobutiste qui ne voulait pas l’application des accords de la Cns. Certainement que si Mobutu, entouré entre autre de Ngbanda et autres, s’était fait violence, en acceptant de se considérer comme tout citoyen et de partager le pouvoir avec l’opposition, la RD Congo vivrait actuellement une autre époque. Irresponsabilité réciproque. Les différentes déclarations faites par les protagonistes au sujet des exactions commises sur les populations sont claires. En réalité, si les Fardc pillent les populations qu’ils sont sensés protéger, il faut, certes, leur imputer la faute, mais il serait prudent de l’attribuer plus précisément à ceux qui sont assis autour de la mangeoire nationale à Kinshasa, à savoir Joseph Kabila et ses gouvernements, comme étant les principaux instigateurs indirects de ces exactions. Pour la bonne et simple raison que ces actes réprobatoires et condamnables sont le fait de l’incapacité du gouvernement congolais de mettre les soldats au front à l’aise, en leur dotant du minimum nécessaire pour leur survie durant les combats. Alors qu’ils privilégient l’option militaire pour mettre fin aux massacres des Congolais par Laurent Nkunda et sa bande du Cndp, ils devraient disponibiliser les moyens nécessaires pour atteindre l’objectif qu’ils se fixent. Il semble que les moyens suivent, mais entre le décaissement et soldat, 80% des montants prennent une destination inconnue, chacun se sert entretemps. Un exemple qui choque : 100.000 dollars auraient été débloqués à Kinshasa pour l’opération de l’est ; à l’arrivée, le commandant au front n’a reçu que 5.000 dollars. Pour une fois, le premier ministre Adolphe Muzito a déclaré les actes de pillage et de vandalisme commis par certains éléments des forces armées déployés dans l’Est du pays de honte et les détournements massifs des fonds destinés aux militaires par leurs officiers de crime contre la République et d’humiliation pour le pays. « Très choqué, le Premier Ministre a indiqué qu’il fallait y mettre rapidement fin, d’une part en restaurant la discipline dans les rangs et, de l’autre, en sanctionnant sévèrement les coupables. C’est la mission qu’il a assignée à ses interlocuteurs (ndlr Ministres de la Défense, de la Justice et l’Auditeur général des Fardc) de mercredi à la Primature [3]». Ainsi donc, si les Fardc, ce qui est déplorable et malheureux bien entendu, pillent pour la survie, à cause de la mauvaise gestion de la guerre par le gouvernement congolais et des détournements de fonds dans la chaîne de commandement, les hommes de Nkunda dont on dit être mieux organisés et disciplinés, ne le font pas pour se nourrir, le Rwanda et les multinationales subviennent à leur besoin, mais dans le seul but de disposer d’un territoire où ils vivraient seuls, le nombril tourné vers le Rwanda qu’ils considèrent comme leur réelle mère-patrie. C’est la réalité qu’il nous faut savoir et dire. Contrairement aux déclarations de Nkunda et les siens, ce ne sont pas les autres Congolais qui en veulent aux Tutsis, les preuves existent pour prouver le contraire, ce sont plutôt les Tutsis, heureusement pas tous, mais ceux qui sont instrumentalisés par le Rwanda comme Laurent Nkunda, qui veulent se croire au-dessus des autres peuples congolais, qui se croient être un peuple « spécial » devant avoir un statut « spécial ». Ils ne l’auront pas, clament les Congolais, toutes tendances confondues, qui ne sont pas prêts d’hypothéquer une seule portion du territoire congolais pour juste contenter un peuple qui n’est martyrisé, en RD Congo, par personne. Au cas où le contraire pourrait arriver, la communauté internationale aura créé un fâcheux précédent puisque tôt ou tard, les Congolais se battront pour récupérer cette portion de territoire qu’elle veut attribuer à ces « spéciaux » citoyens, lorsque la RD Congo retrouvera sa place dans le concert des nations, avec des dirigeants qui ne seront pas nationalistes de nom, des voleurs professionnels construisant des immeubles à l’étranger avec l’argent de la république, mais au service de cet espace commun nous léguer par nos ancêtres. Comme il convient de s’en rendre, Laurent Nkunda et la bande à son service doivent savoir que ni la RD Congo, ni le Nord-Kivu, ne sont à vendre ou à coloniser. Leur survie passe par leur implication dans la vie du pays au même titre que tous les autres Congolais. Les Tutsis congolais sont suffisamment mieux représentés dans toutes les institutions de la république qu’ils n’ont plus droit à d’autres privilèges. Ils ne seront pas en RD Congo un peuple « spécial » ; ils n’auront pas non plus un « statut spécial », pour n’avoir jamais été « génocidés » par les autres Congolais. On ne le dira jamais assez. La problématique Fdlr ne devrait nullement être le fait des seuls Congolais, mais de tous les protagonistes à la base de leur arrivée en RD Congo. Il s’agit du Rwanda qui avait fait de la chasse des anciens Far, Interhamwe et des Fdlr actuels sa priorité et qui n’est pas pour leur retour à domicile ; de la communauté internationale et de la France pour avoir imposé leur présence au Congo, et surtout à la suite des contrats chinois signés par Joseph Kabila qui ont relégué les anciens partenaires à un rôle secondaire ; et in fine, de la RD Congo, pour les avoir, non seulement acceptés sur son territoire, mais aussi instrumentalisés lors des différentes agressions du pays par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, par rebelles interposés. Car, selon leurs différentes déclarations, les Fdlr ne demandent qu’à rentrer chez eux, au Rwanda. Le gouvernement congolais a donc l’obligation de poser correctement le problème Fdlr, un faux prétexte des agresseurs, au lieu de se croire capable de le solutionner seul. A moins bien entendu que tout en y trouvant son compte, étant devenue une affaire maffieuse internationale, le gouvernement congolais continue à jouer le jeu rwandais. Alexis Bemba Bondo Mukele [1] Cité par Joseph Shoyaka, « Afrique : Les Bons et les mauvais de l’Occident », publié par Congovista, le 12 mars 2002 [2] Colette Braeckman, « Le dernier acte se joue à Washington », in Le Soir du 29 octobre 2007 [3] Le Phare du mercredi 12 novembre 2008. |