Entre 1998 et 2003, la «première guerre mondiale d’Afrique», selon l’expression d’un haut responsable du département d’Etat américain de l’époque, a fait plus de cinq millions de morts dans l’ex-Zaïre, avec un début de contagion régionale.
Depuis, les conflits ethniques couvent sous la cendre dans ce pays grand comme l’Europe de l’Ouest et toujours considéré comme «l’homme malade du continent» le plus pauvre de la planète.
«Rutshuru est devenu une zone de guerre depuis plus d’une décennie», observe Marcus Prior. «La plupart des paysans n’ont pas pu récolter pendant trois ou quatre saisons successives. L’équilibre des marchés a été rompu et les habitants n’ont pas pu ensemencer leurs plantations en raison des violences».
ÉPARPILLÉS EN BROUSSE
Les combats en cours au Nord-Kivu, qui ont éclaté fin août, ont déraciné un quart de million de civils, faisant passer à un million le nombre total de personnes déplacées dans cette région en deux ans.
Les civils, pris entre deux feux, sont aussi méfiants envers une armée régulière congolaise affaiblie, indisciplinée et toujours prête à piller et à violer qu’envers les hommes de Laurent Nkunda, qui prétend voler au secours de ses «frères» tutsis attaqués par des éléments hutus venus du Rwanda.
En conséquence, beaucoup craignent tout homme porteur d’une arme, quel qu’il soit.
Les civils chassés de leurs foyers tentent de survivre soit dans des camps aux conditions misérables, soit éparpillés en brousse où ils subsistent de tout ce qu’ils trouvent.
«Rutshuru connaît des taux de malnutrition parmi les plus élévés, atteignant 17,5% pour la malnutrition globale aiguë alors que le seuil d’alerte est de 10%», souligne le responsable du Pam.
«On évalue à au moins 60.000 le nombre de personnes déplacées qui vivent à Rutshuru et dans ses environs. Ces personnes sont presque entièrement dépendantes de l’aide extérieure pour leurs besoins alimentaires et il est prioritaire pour nous de pouvoir les atteindre».
Après en avoir été empêchés pendant des jours par l’insécurité, les camions du Pam ont livré cette semaine une tonne environ de biscuits protéinés dans les zones sous contrôle rebelle des environs de Rushturu pour combattre la malnutrition infantile.
Mais les travailleurs humanitaires doivent souvent batailler pour trouver des déplacés apeurés et disséminés.
«Il y a des vivres au marché mais nous n’avons pas d’argent pour en acheter», se lamente Domitira Mbonigaba N’Bahunde, qui, comme 5.000 autres civils, squatte sur une bâche en plastique à proximité d’une base de casques bleus de la Monuc à Kiwanja.
«Je ne sais pas quoi faire. Il faut nous aider».
L’Express