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Les incantations bantoues Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Après la publication de la composition du gouvernement «Muzito I», nombreux sont les Congolais qui n’avaient pas manqué de sourire en prenant connaissance du nouveau «portefeuille» attribué à François-Joseph Nzanga Mobutu. Celui-ci a abandonné l’Agriculture pour devenir vice-Premier ministre chargé de «Besoins sociaux de base». Une dénomination qui ne s’invente pas.

Des analystes se sont arraché les cheveux, dans un premier temps, pour décrypter les contours de ce nouveau secteur. Dans un second temps, ils ont fini par réaliser que Nzanga était chargé - sur papier du moins – de la coordination des départements ministériels à caractère social. Depuis l’accession du Congo-Kinshasa à l’indépendance, le «Social» a toujours été le parent pauvre. L’Etat en tant que pouvoir politique a toujours privilégié les domaines politiques et sécuritaires. Il n’a jamais manifesté un grand souci par rapport aux attentes de la population à satisfaire ses besoins les plus essentiels que sont notamment : l’emploi, la nourriture, l’habitat, l’eau potable, l’électricité, le ramassage des ordures ménagères (environnement), les soins de santé, l’éducation, la mobilité, la sécurité des personnes et des biens. L’«innovation» perceptible dans le gouvernement du Premier ministre Muzito constitue-elle une réelle volonté de l’Etat de prendre - enfin - en mains le changement des conditions de vie de la population ou une simple incantation destinée à se donner bonne conscience? L’avenir le dira.

En attendant, on apprenait par une dépêche de l’Agence presse associée (APA) que le directeur général de l’«Observatoire du code d’éthique professionnel» (OCEP) a animé mercredi 5 novembre à Kinshasa un atelier pour vulgariser le «code de bonne conduite de l’agent public de l’Etat». C’est en prévision de la réforme de l’administration publique. Selon le directeur de cette organisation, ce code de conduite est un recueil des principes destinés à «guider le comportement» des fonctionnaires. Quels sont ces principes ? Il est fait état de l’honnêteté, de la promotion de l’éthique. Sans oublier, la déontologie et le professionnalisme. L’objectif in fine, indique-t-on, est de «lutter contre les anti-valeurs dont la corruption en vue de redorer l’image de l’Etat». «Les fonctionnaires dirigeants sont appelés à faire changer les mentalités, à faire intérioriser les valeurs et les pratiques éthiques dans le chef des agents publics de l’Etat et à promouvoir le respect des valeurs que prône le code.» Il y a de quoi à se demander si le directeur de l’OCEP est informé de l’existence d’un Statut qui régit le déroulement de la carrière des agents de l’administration publique.

Et que ce texte légal prévoit des droits et devoirs des agents autant que des sanctions négatives, en cas de faute, et positives, pour récompenser les mérites. Questions : Pourquoi cherche-t-on à «innover» dans un domaine où le législateur a tout prévu et que la loi ne demande qu’à être appliquée ? Peut-on transformer un fonctionnaire véreux en un honnête homme par une simple séance d’«éducation civique» ? Pourrait-on éradiquer la corruption des fonctionnaires par des simples «causeries morales» ? Ne faudrait-il pas commencer par le commencement en invitant l’Etat à consentir à son personnel ce «minimum de bien-être» sans lequel l’homme ne peut être vertueux tout en faisant preuve d’intransigeance en matière d’éthique professionnelle? L’honnêteté, la promotion de l’éthique et la déontologie. Voilà des incantations dignes de bantous !

Les bantous ont le grand défaut de croire que ce qui est dit est fait. Que dire du professionnalisme ? Peut-on promouvoir le professionnalisme sans mettre l’accent sur la formation professionnelle et la lutte contre le népotisme? En Occident, tout ouvrier, employé ou fonctionnaire nouvellement engagé doit passer par une période d’essai ou stage. La durée de celle-ci oscille entre trois à six mois. A l’issue de ce laps de temps, une évaluation est requise. Les détenteurs d’un diplôme universitaire ou d’une école supérieure ne sont nullement exonérés de cette obligation. Qu’en est-il de la RD Congo ? Ne voit-on pas le fils, parent ou ami de…occuper une fonction sans y avoir été préparé ? Et si les codes de conduite élaborés ici et là n’étaient qu’une fuite en avant destinée à dissimuler une allergie certaine à l’Etat de droit ?

B. Amba Wetshi

 
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