Une guerre n’est jamais propre. Elle ne peut éviter des morts, des blessés et des déplacés. Toute guerre est donc par nature attentatoire à la vie humaine. Mais quand elle se fonde sur une idéologie ethnique, comme c’est le cas en République démocratique du Congo, elle n’ a aucun égard pour le droit international. Ainsi, un chef de guerre du CNDP de Laurent Nkunda a répondu «non», lorsque l’envoyé spécial de RFI lui a demandé, à l’issue d’une opération militaire, s’il avait fait des prisonniers. En RDC donc, se mène une guerre sans prisonnier, du moins chez les rebelles du CNDP .
Mais encore, des civils sont largement touchés par ce drame. Quand on a le malheur de ne pas avoir la bonne ethnie, on devient une cible, un ennemi. La MONUC, en lâchant ces graves accusations de «crimes de guerre», traduit bien la tournure prise par le conflit dans l’est de la RDC. La question n’est donc plus de savoir s’il y a une guerre ; c’est son ampleur et sa cruauté qui doivent maintenant inquiéter. Il n’est pas jusqu’au pape Benoit XVI qui n’ait manqué d’exprimer son inquiétude face à la situation dans le pays.
C’est dire que les nombreuses réunions d’urgence, dont le sommet de Nairobi qui a appelé à un cessez-le-feu immmédiat et à la mise en application des accords précédents , n’ont pas eu les effets escomptés. Rien ne semble désormais pouvoir empêcher la déflagration dans l’est du Congo avec des risques d’extension à d’autres pays. Car le conflit congolais est rendu complexe par la multiplicité des intervenants. Tout en combattant les forces gouvernementales, les rebelles doivent aussi faire face à des milices anti-rwandaises elles aussi à caractère communautaire. Derrière les rebelles de Laurent Nkunda, nul n’ignore le rôle du Rwanda dont le soutien, auparavant discret, commence à devenir très voyant. On accuse ainsi le Rwanda d’ avoir bombardé des positions des forces congolaises, depuis leur territoire.
Mais le plus inquiétant dans cette guerre par cercles concentriques, qui part d’un conflit localisé et tribal (le CNDP contre des milices), pour devenir ensuite une confrontation entre deux Etats (le Congo contre le Rwanda) , c’est sa régionalisation. L’entrée en scène de militaires angolais et zimbabwéens, comme certaines informations le laissent croire, aux côtés de l’armée congolaise, ne peuvent que donner une dimension encore plus effrayante au conflit. Ce ne sera pas la première fois que l’Angola vole au secours d’un régime congolais. Angolais et Congolais sont de vieilles connaissances. En 1998, le pays de Eduardo Dos Santos avait déjà défendu Laurent- Désiré Kabila, le père de Joseph, contre des rébellions inspirées par le Rwanda et l’Ouganda.
Tous ces conflits superposés se déroulent sous les yeux de la MONUC réduite à faire le décompte macabre des civils massacrés. Cette impuissance est du reste dénoncée par bien des dirigeants, y compris le président kényan, dont le pays vient d’abriter un sommet de la paix sur la RDC. Le commandant espagnol de la MONUC avait vu venir ce désastre de la guerre, de l’humanitaire et de l’inutilité des casques bleus, lorsqu’il a pris les devants, en rendant sa démission. L’ONU doit forcément réagir pour restaurer sa crédibilité dans ce conflit en se faisant respecter par les différents protagonistes.
Autrement, ce sera la voie ouverte aux exactions les plus terribles contre les populations civiles, que les faibles complaintes de la communauté internationale ne sauraient arrêter. La sale guerre peut se perpétrer en toute tranquillité en l’absence d’une conscience mondiale que devait incarner la MONUC.
Mahorou KANAZOE