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La République Démocratique du Congo est en train de vivre une période extrêmement périlleuse, qui rappelle avec horreur la situation rwandaise de 1994. Entre mercredi 5 et jeudi 6 novembre au matin, les forces rebelles du CNDP (Congrès National Du Peuple), dirigées par le général Laurent Nkunda, ont ratissé des villages avec une infâme précision, tuant toute personne se trouvant sur leur passage, y compris les enfants, afin de reconquérir des localités hostiles, c’est-à-dire habitées par des hutus congolais loyaux au gouvernement central.
Pendant ce temps, les troupes de casques bleus des Nations Unies ne réagissent pas. Retranchées derrière les barbelés de leur base, les forces de la Monuc (Mission de l’ONU au Congo) représentent pourtant le plus gros détachement de casques bleus sur un conflit, avec 17 000 soldats ! Une situation qui rappelle naturellement le génocide rwandais ; incapables de réagir efficacement et de se mettre d’accord sur un plan d’action, les forces internationales avaient honteusement assisté aux massacres sans réagir.
Après deux semaines d’intenses tractations diplomatiques, il a été convenu de la tenue d’un sommet spécial aujourd’hui même, vendredi 7 novembre, à Nairobi (Kenya), en présence de Ban-Ki Moon (secrétaire général des Nations Unies), de chefs d'État de l’Union Africaine, du Kenya, d'Ouganda, de Tanzanie, du Burundi et d'Afrique du Sud, de représentants occidentaux, mais surtout des présidents congolais, Joseph Kabila, et rwandais, Paul Kagamé. Il faut dire que la guerre qui ronge la République Démocratique du Congo prend ses racines dans le génocide des tutsis par les hutus, dans le Rwanda voisin, en 1994 (relire l’historique "Le conflit oublié de la RDC" du 02 septembre dernier).
L’implication du président rwandais dans le conflit est clairement établie. Dans le Monde du 07 novembre, Fabienne Hara, vice-présidente de l'organisation International Crisis Group, estime que "le sommet doit réaffirmer qu'il n'y a pas de solution strictement militaire au conflit et (...) mettre les vrais litiges [entre le Congo et le Rwanda] sur la table : commerce entre les deux pays, exploitation conjointe des ressources naturelles, accès à la terre, intégration pacifique d'une partie des populations rwandaises au Congo." Quant aux maï-maï (guerriers traditionnels du Nord Kivu ralliés à la cause gouvernementale), leur porte-parole, Didier Bitaki Netsh, a déclaré : "On ne fait pas la guerre contre le CNDP. On fait la guerre contre le Rwanda". Difficile d’être plus clair.
De leur côté, les rebelles du CNDP ont déjà exprimé leur sentiment : ils ne croient pas une seule seconde que le sommet diplomatique résoudra la crise. Pourtant, cette rébellion sanglante pourrait bien se transformer en guerre transfrontalière, voire en brasier régional, l’Angola étant également soupçonnée de mener des opérations discrètes de déstabilisation au Congo...
En quelques jours, on parle déjà de 200 000 personnes fuyant les combats et moisissant dans des camps de réfugiés où les problèmes sanitaires commencent à pointer leurs griffes. Ces relents de massacres inter-ethniques orchestrés par des Chefs d'État sans scrupule sont tout simplement écœurants. Espérons que la communauté internationale s'en souvienne et qu'elle agisse vite. Plus vite. Il y a urgence. Clément Racineux |