Le secrétaire général de l’ONU de qui on attendait le renforcement du mandat dela MONUC et de sa capacité d’intervention n’est pas allé par le dos de la cuillère pour souligner que la MONUC avait atteint les limites de sa capacité en dépit des efforts déployés pour reconfigurer ses forces. Pour Ban Ki-Moon, il ne peut y avoir de solution militaire à la crise congolaise. Aussi, a-t-il déclaré : « C’est uniquement au niveau politique, ici dans votre région que les solutions durables peuvent être trouvées ». Voilà une profession de foi qui ne nécessite aucun commentaire.
En fait, l’échec du sommet de Nairobi II c’est surtout l’échec du gouvernement congolais qui espérait reprendre le dialogue avec Kigali qu’il considère comme le vrai patron du CNDP. Mais c’était sans compter avec la distance gardée par Kigali qui refuse d’être mêlé à une guerre qui n’opposerait que les Congolais. La ministre rwandaise des Affaires étrangères n’a pas manqué de le rappeler au cours du sommet. Kabila et Kagame aussi ont continué à jouer les rôles qu’ils semblent s’être bien repartis. Le premier accuse le second de soutenir le CNDP et ce dernier l’accuse à son tour de s’accommoder de la présence des FDLR sur le territoire congolais, une accusation que renforce le CNDP en mettant en exergue la participation des FDLR aux combats aux côtés des FARDC.
C’est ainsi que comme dans un film de fiction politique, Kabila et Kagame jouent à la perfection leurs rôles au point qu’ils se sont soigneusement évités à Nairobi, le président rwandais estimant sans objet une rencontre avec son homologue congolais au motif que Kinshasa veut impliquer son pays dans une guerre qui n’oppose que les Congolais.
Kigali semble tout de même avoir marqué des points au sommet de Nairobi II, car il a été convenu que les accords conclus précédemment soient appliqués. Et là c’est Kinshasa qui a le devoir des résultats contrairement à Kigali étant donné qu’au sommet de Nairobi I de septembre 2007, le gouvernement congolais avait reçu mission et s’était engagé à neutraliser les FDLR alors que Kigali n’avait pris aucun engagement à part celui réciproque pris par les deux capitales de s’abstenir à soutenir une rébellion qui déstabiliserait l’un des gouvernements.
Il est évident qu’aucun gouvernement n’a tenu ses engagements. C’est ainsi que concernant le gouvernement congolais singulièrement, des analystes s’attendaient à ce que Kinshasa interpelle le secrétaire général de l’ONU pour exiger que la communauté internationale se charge elle même du désarmement des FDLR de manière à ôter au CNDP de Nkunda Mihigo le prétexte de cette guerre absurde. Que non ! A travers Nairobi II, Kinshasa s’est mis encore une fois la corde au cou avec le dossier FDLR. Comment donc ne pas s’interroger sur le bénéfice que la RDC tire de la présence des FDLR sur son sol depuis 1994.
Peut-être que l’armée angolaise présente sur le théâtre des affrontements au Nord-Kivu aidera les FARDC à neutraliser les fameuses FDLR. Pour y parvenir, il faudra d’abord mettre hors d’état de nuire le CNDP. Ce qui ne sera pas une partie de plaisir en dépit de l’implication des troupes de Luanda dans les combats dans les rangs des FARDC, semble-t-il, sur initiative de la France de Sarkozy, la même France de Mitterrand qui avait œuvré en 1994 pour que les FDLR et autres Interhamwe trouvent refuge au Zaïre de Mobutu. Nombre d’ex-Zaïrois n’ont jamais cessé de demander pourquoi le gouvernement congolais n’a jamais invité la France à prendre toute sa part dans l’opération du désarmement des FDLR. La question reste posée.
Etonnant tout de même c’est cette entente cordiale entre Luanda et Kinshasa, les troupes angolaises étant toujours prêtes à voler au secours de l’armée congolaise alors que le gouvernement angolais ne s’est jamais offusqué d’expulser massivement les Congolais de son territoire non sans les avoir dépouillé de leurs biens. C’est troublant la nonchalance du gouvernement congolais dans ce dossier tout comme dans celui latent du territoire congolais de Kahemba qui serait devenu angolais au mépris du principe d’intangibilité des frontières héritées de la colonisation.
Nairobi II n’ayant pas permis aux Congolais et Rwandais de se parler, chacun plaidant non coupable, il y a lieu de craindre que le Congo s’engage dans une longue guerre comme en 1998 lorsque le Zimbabwe, la Namibie et l’Angola avaient volé au secours du régime de Laurent-Désiré Kabila en guerre principalement avec le RCD alors soutenu par le Rwanda. Toutes les conditions semblent à nouveau réunies pour que Kigali considérant l’intervention des troupes de Luanda à sa frontière comme une provocation se jette officiellement dans la bataille aux côtés du CNDP. Le calvaire risque de se poursuivre et de durer encore longtemps pour les populations du Kivu qui ont payé un lourd tribut depuis 1996.
Le pire semble donc à venir pour les populations civiles, Kabila ayant rejeté les recommandations de l’Assemblée nationale l’enjoignant de négocier avec le CNDP et de signer la paix des braves avec Kigali. C’est aussi curieux que le pouvoir de Kinshasa ait préféré les mercenaires angolais aux ex-FAZ dont la réintégration dans l’armée était également recommandée par les députés pourtant majoritairement PPRD
Alors que la logique guerrière semble privilégiée de part et d’autre, les populations civiles sont condamnées à l’errance car victimes des exactions des troupes gouvernementales, de celles du CNDP et même des miliciens Maï-Maï. L’ONG Human Rights Watch met d’ailleurs en cause toutes les forces combattantes qu’elle suspecte de crimes de guerre à la suite de l’exécution à Kiwanja le jeudi 06 novembre courant d’au moins vingt personnes.
Raymond LUAULA