|
k
Laurent Nkunda avance, l’armée nationale bat en retraite. Pas forcément stratégique. Le chef rebelle du Sud Kivu Laurent Nkunda va-t-il imposer à Joseph Kabila ce que le père de ce dernier Laurent-Désiré Kabila a infligé à Mubutu ? Ce n’est pas à écarter. Depuis quelques semaines, plus les jours passent, plus l’armée nationale perd du terrain devant les hommes du général déchu. Celui-ci menace de chasser le gouvernement de Kinshasa si Joseph Kabila, le président de la R.D. Congo refuse de négocier. Ce que le chef de l’Etat refuse, naturellement. "Nous voulons une négociation directe avec le gouvernement", a affirmé dimanche à des journalistes le général déchu tutsi congolais Laurent Nkunda, dans son fief de Kichanga, à environ 80 km au nord-ouest de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu. "Si rien n’est fait, nous allons forcer ce gouvernement à quitter le pouvoir", a prévenu le chef rebelle, qui avait brièvement pris en 2004 Bukavu, capitale de la province voisine du Sud-Kivu. Les rebelles sont arrivés mercredi aux portes de Goma, infligeant une cuisante défaite à l’armée régulière, avant de décréter un cessez-le-feu unilatéral respecté jusqu’ici. Mais le gouvernement congolais a rejeté la demande de la rébellion. Il souhaite négocier avec tous les groupes armés opérant dans les Kivu, et pas en tête à tête avec le Congrès national pour la défense du peuple (Cndp) de Laurent Nkunda.
Le processus Amani entre parenthèses "Il n’y a pas de petits et de grands groupes armés. Le fait de créer un désastre humanitaire ne donne pas de droits spéciaux", a réagi le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende. Plusieurs mouvements armés opèrent en effet dans l’est de la Rdc, frontalière du Rwanda et très riche en minerais, depuis le génocide 1994 au Rwanda. Le Cndp avait signé en janvier à Goma, avec d’autres groupes congolais, un accord de cessez-le-feu, mais les combats ont repris fin août entre les rebelles de Laurent Nkunda et l’armée. C’est seulement dans le cadre du processus baptisé Amani, né de l’accord de janvier et aujourd’hui au point mort, que le gouvernement se dit prêt à discuter. Une option inacceptable pour le Cndp. "Le programme Amani ne nous convient plus", a lancé sans plus de précision Laurent Nkunda. La communauté internationale, qui a dépêché la semaine dernière de nombreux émissaires dans la région, tient une position proche de celle du gouvernement congolais. Elle a jusqu’à présent insisté sur la nécessité d’appliquer l’accord de janvier, ainsi qu’un autre conclu en novembre 2007 entre Kigali et Kinshasa, qui prévoyait une nouvelle fois le rapatriement du Rwanda de rebelles hutus rwandais qui opèrent dans l’est de la Rdc. Ces textes sont restés lettre morte. L’Union africaine (Ua) prépare un sommet régional sur la crise qui pourrait se tenir cette semaine au Kenya. Laurent Nkunda qui se présente comme un défenseur de la communauté tutsie, s’est montré évasif sur ses revendications, assurant notamment vouloir le "rétablissement de la sécurité" avec la "traque" des rebelles hutus rwandais et la mise en place d’une forme de fédéralisme dans l’ex-Zaïre. Sur le terrain, des centaines de déplacés continuaient à regagner la zone de Rutshuru qu’ils avaient fuit en début de la semaine dernière au plus fort des combats. A Rutshuru, à 75km au nord de Goma, les humanitaires ont entamé une évaluation de la situation et devaient distribuer eau et matériel médical dans cette région très touchée parles affrontements. Alain Le Roy, le secrétaire général adjoint de l’Onu chargé des opérations de maintien de la paix, qui a assuré dimanche au nouveau Premier ministre congolais Adolphe Muzito que sa priorité était de renforcer la présence des Casques bleus dans le Nord-Kivu, était attendu dans l’après-midi à Goma. La Rdc, ravagée par deux guerres régionales nées dans les Kivu (1996/97 et 1998/2003), abrite la plus grande opération de maintien de la paix de la planète, avec 17 000 soldats. Le plus à craindre aujourd’hui pour les populations c’est une catastrophe humanitaire qui accompagne les combats ainsi que toutes les atrocités perpétrées par les combattants des deux bords. La gent féminine est la plus exposée. Parce que constamment violée aussi bien par les rebelles que par les soldats de l’armée régulière. La question est de savoir si l’Onu et l’Union africaine qui se déploient sur le terrain réussiront à ramener un jour la paix en R.D. Congo. Jacques Doo Bell Avec l’Afp |