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Qu’est-ce qu’il se passe en ce moment dans l’Est de la RDC ? « Probablement le plus grand massacre que l’Afrique n’ait jamais connu », selon Bernard Kouchner le ministre français des affaires étrangères ou comme le dit son homologue britannique « 1.600.000 déplacés pris dans le piège des attaques de la rébellion ». Officiellement, pour la communauté internationale, il s’agit d’une rébellion menée par le général dissident Laurent Nkundabatare soucieux du sort de la minorité tutsie qui, depuis quelque temps, s’est mis dans la tête de renverser le pouvoir issu des élections présidentielle et législatives. Et pourtant, sans accuser clairement le Rwanda, la communauté internationale recommande un dialogue direct entre Kinshasa et Kigali.
Ainsi donc, le Rwanda ne serait pas protagoniste, ni commanditaire mais c’est avec lui qu’on demande à la RDC de négocier. Justement négocier quoi ? Le prétexte récurrent de la présence des Interhamwe et des FDLR sur le sol congolais devient un disque rayé qui crisse, qui grince et dont les bruits agacent et choquent le peuple congolais. A l’heure qu’il est, un seul pays subit et souffre de cette présence : la RDC dont les villages sont pillés, vandalisés ; leurs habitants violentés, violés et assassinés par ces hordes de combattants rwandais errant dans les forêts et villages congolais. Le Rwanda, on le sait, n’est pas réellement menacé par ces combattants qui n’ont ni l’organisation, ni la puissance de feu nécessaires pour l’attaquer, sinon ils l’auraient fait face à l’autoritarisme et à l’arrogance du président rwandais Kagamé qui ne fait pas assez pour réconcilier durablement les Rwandais entre eux, moins encore avec leurs voisins congolais qui, depuis toujours, ont été hospitaliers aux Rwandais à chaque fois qu’ils se sont entretués. Rappelons-nous 1959, 1962 et 1994. Comme réfugiés, les Tutsis rwandais ont été largement mieux traités en RDC que nulle part ailleurs. Si les Bisengimana et autres Miko ont pu être des hommes politiques très influents ou des hommes d’affaires prospères en RDC, Kagamé et les autres rescapés de 1962 accueillis en Ouganda sont restés, pour la plupart, dans les camps de réfugiés et n’ont jamais été intégrés comme ce fut le cas en RDC. Ils ont constitué essentiellement un réservoir de combattants pour les différentes guerres civiles qu’a connues l’Ouganda. Et puis, l’on sait que l’armée rwandaise a occupé l’Est de la RDC pendant plusieurs années sans avoir réussi à neutraliser ces forces dites négatives. Et pourtant c’est ce prétexte dont se sert Kagamé pour commanditer une rébellion qui a mis sur la route 1.600.000 Congolais. Et voilà que tout le monde s’accommode du statu quo en faisant le choix de couloirs humanitaires qui prendraient ainsi acte de conquêtes militaires de l’armée rwandaise secondée de quelques supplétifs congolais. Kagamé s’autorise tout : l’inhumanité, le cynisme, l’arrogance, le massacre de Congolais… parce qu’il sait que suite au génocide de 1994, tout lui semble toléré. Une exploitation éhontée de ce drame rwandais qui semble confirmer la thèse qui l’accuse d’avoir laissé le génocide se perpétrer afin d’en tirer le bénéfice militaire et politique sur le plan interne, et diplomatique sur la scène internationale. Kagamé, et tous les Rwandais qui se taisent, oublient quelque chose d’essentiel : l’arrogance due à la suprématie militaire du Rwanda s’estompera dans cinq ans environ, mais il persistera une mémoire des Congolais et des Hutus rwandais massacrés, humiliés, martyrisés… qui survivra au pouvoir actuel à Kigali, qui se transmettra de génération en génération et qui réduira les terres hospitalières pour les Tutsi et qui enfermera les Tutsi dans cette paranoïa selon laquelle tous les autres peuples n’attendent qu’un prétexte, une occasion pour régler de vieux comptes. Est-ce que Kagamé s’est demandé une fois, si dans quinze ou vingt ans, son fils ou son petit-fils portant son nom souhaiterait se balader tranquillement à Kinshasa ou à Goma sans devoir se retourner tout le temps ou craindre de tomber sur quelqu’un qui lui rappellerait ou chercherait à lui faire payer le drame actuel qui aurait frappé sa famille à cause de son père ou grand-père ? C’est illusoire et même suicidaire, à plus long terme, pour le pouvoir tutsi à Kigali de penser que le peuple congolais doive se soumettre et vivre un calvaire pour le plaisir de son ego et de son sentiment de puissance. Ou tout bêtement pour le laisser exploiter gaiment le coltan. Récemment, une très bonne amie, une presque sœur de père tutsi et de mère congolaise m’avait écrit du Canada pour me raconter que son fils et ses cousins rwandais avaient été agressés à Bruxelles par des Congolais. Choqué, il a juré de ne plus jamais remettre les pieds dans les milieux congolais. Voilà un innocent que Kagamé vient de couper d’une partie de ses racines. À Kisangani en 1987, un jeune avait aspergé d’acide le fils d’un ancien dirigeant de la rébellion muleliste de 1964 à cause des massacres perpétrés par cette rébellion à Kisangani... Botowamungu Kalome |