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CONGO-KINSHASA. Beaucoup d'intervenants pour de nombreux enjeux dans l'extrême est du pays où le cessez-le-feu a été rompu fin août.

La rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP, du leader tutsi congolais Laurent Nkunda) en République démocratique du Congo (RDC) a accusé lundi le gouvernement de «lancer la guerre» en refusant de négocier directement avec son chef, dont les hommes sont aux portes de la ville de Goma. 

 Pourquoi Bernard Kouchner, a-t-il été accompagné à Kinshasa, Kigali et Goma par son homologue britannique David Miliband?

Alors que les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda sont rompues (même si Kouchner a gardé de bons contacts personnels à Kigali), la Grande-Bretagne est le principal soutien du Rwanda: 790 millions de dollars d'aide pour cinq ans. Le cabinet de l'ancien premier ministre Tony Blair (devenu un ami personnel du président Paul Kagame, comme Bill Clinton) a envoyé des conseillers à la présidence rwandaise. Les Britanniques sont aussi en tête des pays contributeurs d'aide au Congo. Leur influence dans la région a crû considérablement, au détriment des Français et des Belges.

Que fait l'Union européenne?

Devant les ministres des Affaires étrangères réunis lundi à Marseille, Bernard Kouchner et David Miliband préconisent désormais de renforcer la Monuc au lieu d'envoyer une force européenne au Kivu (pour le Rwanda, le déploiement de troupes françaises à Goma, même sous bannière européenne, était inacceptable et les Allemands y étaient opposés). L'UE prépare un sommet sur la crise congolaise, auquel participeraient les présidents Kabila et Kagame. Selon David Miliband, l'envoi d'une force militaire européenne n'est cependant pas exclue, afin de «sécuriser» l'aide.

Quels sont les conseils prodigués à Kabila et Kagame?

Le chef de la diplomatie belge Karel De Gucht a remercié le président Kagame pour «son influence modératrice» exercée sur Nkunda. Les émissaires européens insistent sur la nécessité d'appliquer les accords de Nairobi, qui prévoient le désarmement et le rapatriement des combattants hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Ils soutiennent aussi le programme Amani, adopté après la conférence de Goma de janvier 2008, qui répond aux revendications des Tutsis et prévoit le désarmement de tous les groupes armés. Auprès du président Kabila, tous les émissaires européens insistent sur la nécessité d'une négociation politique avec Laurent Nkunda, portant sur la sécurisation des Tutsis congolais, le désarmement des combattants hutus, la normalisation des relations avec le Rwanda.

Que veut Laurent Nkunda?

Il se présente comme le défenseur des Tutsis congolais, demande le retour des réfugiés vivant dans les pays voisins (accepté par la conférence de Goma à condition que le Haut-Commissariat aux réfugiés procède à leur identification), exige le désarmement des FDLR qui combattent souvent aux côtés des forces gouvernementales. Mais cette fois il va plus loin: il veut discuter d'égal à égal avec Kabila, prône le séparatisme, lance un «rassemblement pour l'indépendance du Kivu», et rejette désormais le programme Amani qu'il avait accepté en janvier.

Que dit le gouvernement de Kinshasa?

Le président Kabila est prêt à rencontrer Kagame; l'Assemblée nationale, sous la houlette de Vital Kamerhe, a élaboré un «plan de sortie de crise» qui prévoit un «dialogue politique et militaire» avec le mouvement de Nkunda, la normalisation des relations avec le Rwanda et une véritable réforme de l'armée. Le gouvernement, qui vient d'être mis sur pied par le Premier ministre Muzito, refuse de négocier directement avec Nkunda: «Le fait de créer un désastre humanitaire ne donne pas de droits spéciaux», a déclaré le nouveau ministre de l'Information, Lambert Mende.

Quelle est réellement la situation à Goma?

Un cessez-le-feu vient d'entrer en vigueur et la police congolaise patrouille aux côtés des Casques bleus. La Monuc répète son intention «d'interdire à des forces armées rebelles d'entrer dans la ville», mais l'ONU ne dispose que de 6000 hommes à Goma sur un total de 17000. La ville se remet difficilement des pillages et tueries qui ont eu lieu dans la nuit du 30octobre, attribués à des éléments des forces gouvernementales qui avaient échappé à leur commandement. La brigade qui avait dévasté Goma a voulu se replier sur Bukavu, mais a été stoppée en cours de route par d'autres militaires. L'organisation des droits de l'homme PDH a recensé 18 morts.

Colette Braeckman

 
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