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Kabila dit adieu "au souverainisme" et Louis Michel se met au-dessus de la mêlée! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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La médiatisation à outrance de la perpétuation de la guerre d’agression à l’est du Congo en Occident sent mauvais. L’humanitarisation de cette guerre semble constituer la prolongation d’un processus de transmutation des auteurs des crimes imprescriptibles dans la région des Grands Lacs en partenaires normaux d’un dialogue biaisé sur l’avenir de cette partie de l’Afrique.

Les Belges reviennent sur le devant de la scène congolo-rwandaise. Deux visites sont programmées au Rwanda par Karel De Gucht et Louis Michel. Ce dernier passe par le Congo. Ils veulent éviter que la situation humanitaire au Congo ne devienne plus catastrophique que ce qu’elle est. La proposition d’une force internationale composée des militaires européens est faite par la Belgique et la France. L’Allemagne et la Grande-Bretagne s’y opposent. «Le souverainiste» Kabila est aphone. Il poursuit sa chasse interne aux sorcières. Les militaires ayant appartenu à la garde de Jean-Pierre Bemba ont été exfiltrés par les escadrons josephites de leur refuge onusien pour une destination inconnue.

Que peut encore faire l’Occident pour le Congo et l’Afrique? Que payera le Congo en retour pour les services rendus par «les partenaires traditionnels» disqualifiés hier au profit des Chinois et qui, tout à coup, reviennent sur le devant de la scène congolo-rwandaise? Que peuvent encore faire les Congolais(es) pour leur pays? Que font-ils?

La médiatisation de la guerre de l’est du Congo en Occident

Depuis mardi 28 octobre 2008, une information est diffusée à plusieurs reprises sur les ondes de la Radio télévision belge francophone(RTBF): l’avancée des troupes de Nkunda vers Goma, la fuite des militaires congolais, l’intervention des casques bleus pour stopper les hommes de Nkunda, la réunion du Conseil de sécurité sur la demande de la MONUC voulant voir ses effectifs renforcés et le voyage du Commissaire Européen aux Affaires Humanitaires, Louis Michel, à Kinshasa pour évaluer avec les gouvernants congolais la situation humanitaire qui prévaut à l’Est du pays.

En effet, la guerre d’agression du Rwanda contre le Congo a déversé sur les routes (ou les pistes) congolaises des milliers de compatriotes à la recherche d’un abri sûr. Cette information reprise dans plusieurs journaux parus mercredi matin (29 octobre 2008) en Europe suscite quelques questions chez certains analystes politiques congolais. Certaines de ces questions tournent autour de la visite de Louis Michel à Kinshasa. Que va-t-il faire après qu’il ait affirmé en 2007 que le Congo était devenu une démocratie après qu’il ait élu Joseph Kabila- «l’espoir du Congo» (sic)- comme président? Le Congo continue-t-il à demeurer le protectorat de ce «faiseur des rois» que Jean Ziegler classifie parmi «les seigneurs occidentaux de la guerre économique mondiale» à côté de Peter Mandelson et Pascal Lamy? (Lire J. ZIEGLER, La haine de l’Occident, Paris, Albin Michel, 2008, p.107)

Que peut-il faire maintenant qu’il n’a pas pu au moment où il fabriquait «les nouveaux rois du Congo»?

Pourquoi voudrait-il humanitariser la guerre d’agression des anglo-saxons contre le Congo par leurs alliés régionaux interposés? Monsieur Michel pense-t-il que tous les Congolais ont la mémoire courte?

Non. Monsieur Michel, la mémoire congolaise abrite des blessures que votre cynisme et votre arrogance n’arriveront pas à cicatriser.

Pourquoi cet intérêt immédiat des médias dominants du Nord dans la couverture de la guerre rwandaise au Congo? Pourquoi ne mentionnent-ils pas les luttes citoyennes menées dans les différentes provinces du Congo pour décrier l’infiltration des institutions congolaises par les réseaux maffieux entretenus concomitamment par «les seigneurs de la guerre économique mondiale» et leurs collabos congolais? Et de la soif de politique d’autodétermination naissant dans le Sud-Kivu, qui en parle ?

Il est étonnant que les chantres du kabilisme soient devenus tout à coup aphones! Eux qui, après les critiques des «privilèges fabuleux» dont ils jouissent et la réaction épidermique de leur chef à l’endroit de Karel De Gucht, en avaient fait le héros du «souverainisme». Pour eux, Kabila était devenu un petit dieu en disant non aux blancs…Navigateurs à vue et complices des réseaux mafieux, ils n’ont pas su, cette fois-ci, bouder les services des mêmes blancs, Louis Michel en tête!

Hélas! Que Monsieur Michel aille au Rwanda pour rencontrer Kagame en avouant que ce dernier sait qu’il est au dessus de la mêlée et qu’il n’a pas de préférence pour l’un ou l’autre camp (cfr La Radio télévision belge francophone de ce matin ( vendredi 31 octobre 2008)) ne change rien aux données essentielles de la guerre d’agression que le Rwanda livre au Congo depuis plus de dix ans sous des prétextes aussi fallacieux les uns que les autres.

Louis Michel au Congo: un non-évènement

A la suite de beaucoup d’ONG occidentales, le Commissaire Européen aux Affaires Humanitaires veut humanitariser une guerre dont il connaîtrait les tenants et les aboutissants. Le Congo est en train de «vomir» la signature des contrats signés avec la Chine. Il a osé rompre avec «ses partenaires traditionnels» (la Belgique, la France, les U.S.A.) en accordant un privilège jugé indu à l’empire du milieu. Pourtant, tous ces pays ont des multi et des transnationales qui pillent au quotidien les matières premières du Congo! Et «les intérêts français, britanniques, belges, sont, pour ainsi dire incrustés dans les intérêts plus vastes des transnationales» (J. KI-ZERBO, A quand l’Afrique. Entretien avec René Holenstein, Paris, Ed. de L’Aube, 2003, p. 48) Malheureusement, «l’Occident se définit essentiellement par son mode de production, le capitalisme. Plus que jamais, celui-ci reste rivé à son rêve de conquête planétaire.» (J. ZIEGLER, O. C., p. 25) Il rêve d’une conquête planétaire sans partage. Il peut, frappé par «la crise financière», aller s’agenouiller devant la Chine et la supplier de s’engager dans la quête des solutions concertées à ladite crise tout en lui faisant la guerre économique en Afrique Centrale. Hypocrisie et double langage obligent!

Le discours humanitariste est à situer dans ce contexte de la guerre économique alimentée par les pays industrialisés. L’aide humanitaire donne une bonne conscience, ne fût-ce que le temps d’un battement des paupières aux ex-colons. Fondamentalement, « les peuples n’intéressent pas du tout ces gens. Il y a des guerres (comme celles du Congo) qui sont soutenues, appuyées, trafics d’armes y compris, par des organisations et compagnies minières internationales. Et parfois, elles n’hésitent pas à susciter des rébellions pour affaiblir le pays avec lequel elles négocient.» (J. KI-ZERBO, O. C., p.48)

N’est-il pas étonnant que Louis Michel aille au Congo au moment où Nkunda est en train d’avancer sur Goma? Quand est-ce que «les petites mains du capital» jouent? «Autant elles peuvent jouer quand il y a des adversaires –parce que ça permet de faire du chantage- autant, s’il n’y a pas de rébellions, elles sont affaiblies dans la négociation. (…) Cela ne fait que répéter le schéma, le modèle du temps de la traite des Noirs. Pendant la traite des Noirs, les bateaux négriers mouillaient au large des ports des grandes villes africaines, et à partir de leurs bateaux, les négriers interféraient dans la politique interne des chefs africains. Ils soutenaient tantôt l’un, tantôt l’autre, parce qu’ils savaient que le fruit de ces combats, de ces chocs, de ces affrontements, était des captifs de guerre qu’on pouvait vendre à volonté.» (Ibidem, p 48-49)

Avant-hier c’était Mobutu. Hier Kagame, Museveni et Laurent-Désiré Kabila. Aujourd’hui, Kagame, Museveni, Nkunda et Joseph Kabila. Demain, le Congo risque de voir le renoncement au «souverainisme» de Kabila conduire à la consolidation de sa dictature avec l’appui des «partenaires traditionnels occidentaux» réadmis officiellement à la mangeoire congolaise.

Si nous estimons que le voyage de Louis Michel au Congo est un non-évènement, c’est parce qu’il participe du rêve de conquête planétaire du capitalisme occidental. Chez lui comme chez beaucoup d’autres «seigneurs de la guerre économique mondiale», «l’intérêt l’emporte sur l’humanité, car on imagine mal l’Europe, défiée par les impératifs de la croissance et de la compétitivité, et les pays émergents renoncer aux richesses de l’Afrique au profit des Chinois ou même des Africains eux-mêmes.» (A. TRAORE, L’Afrique humiliée, Paris, Fayard, 2008, p. 235) Louis Michel participe de l’humiliation occidentale de l’Afrique. (Certaines preuves de cette humiliation sont données par Aminata Traoré dans ce livre que nous venons de citer au chapitre intitulé «De la nature de l’Europe» et par Jean Ziegler dans La haine de l’Occident au chapitre intitulé «De l’esclavagiste au prédateur omnivore»)

Que peut encore l’Occident pour le Congo et l’Afrique ?

Que peut encore l’Occident pour le Congo et l’Afrique? Pas grand-chose! Il est possible qu’une certaine gauche occidentale communiste et/ou anti-capitaliste travaille avec certains partis politiques africains à l’avènement d’une démocratie participative «pour construire des capacités organisationnelles et des capacités de direction aptes à promouvoir une démocratie populaire participative et à soutenir les peuples encore en lutte pour leurs droits démocratiques élémentaires en Afrique, en Asie et en Amérique latine.» (J.-B. MBERABAHIZI, La démocratie participative au centre d’une conférence internationale à Johannesburg, dans Rencontres pour la paix du mois d’octobre)

Il y a des occidentaux engagés dans «la difficile recherche de la vérité» sur «le Congo-Rwanda» et pour qui, «l’implication des USA dans les événements qui touchent cette région depuis des années 90" n’est plus un mystère. Eux savent que «la protection sans condition accordée principalement par les USA au président Paul Kagame a créé, au sein du TPIR, une impunité totale dont bénéficient, depuis plus de 13 ans, les autorités politiques et militaires du régime de Kigali.» Et qu’il n’y aura pas de paix durable en Afrique centrale si ces criminels ne sont pas mis hors d’état d’agir.

S’il est sûr que ce genre de questions n’est pas directement abordé par «les seigneurs de la guerre économique mondiale» par respect du «schéma négrier», il y a des «minorités occidentales» qui les traitent aux côtés de Congolais et d’autres africains pour une recherche commune de la vérité. Donc, comme l’Afrique, l’Occident est aux multiples faces.

Ses faces hideuses, utilitaristes, mercantilistes et ultralibérales cachent souvent ces autres critiques, pacifiantes et simplement fraternelles. Ces dernières valent la peine d’être scrutées.

Cela étant, nous estimons la grande tâche du reformatage des cœurs et des esprits doit être assumée par les Congolais(es) et les Africains eux-mêmes. Si une infime minorité de l’opposition institutionnelle congolaise (Kiakwama, Ne Mwanda Nsemi, Mokonda, Lunda-Bululu, etc.) semble avoir compris l’enjeu de ce qui se passe chez nous, il y a encore ces médias «coupagistes» congolais qui ont de la peine à comprendre par exemple que les Institutions Financières Internationales sont les instruments efficaces de l’humiliation de l’Afrique.

Par ailleurs, il y a, au sein de notre société civile une lecture méthodique et réfléchie de l’enjeu de la guerre d’agression que le Congo subit depuis les années 90. Qu’Emmanuel Kamanzi, coordonnateur national adjoint du programme Amani ,chargé de la commission technique, stabilisation et reconstruction constate en démissionnant que «l’équipe chargé du programme Amani a mal géré la situation (de guerre à l’est)» (cfr Radio Okapi), il ne fait que confirmer les thèses de la société civile nationale sur les tenants et les aboutissants de cette guerre. Les thèses reprises et approfondies par le RENADHOC et le COJESKI dans leurs dernières déclarations.

Au sein de ces ONGs, nos compatriotes semblent avoir compris que «la tâche de la société civile critique est d’autant plus rude qu’elle n’affronte pas seulement nos dirigeants, qui font la sourde oreille (et qui sont complices de l’ordre ultralibéral) (…) mais qu’elle a également affaire à Louis Michel, le commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, qui se croit obligé (…) de dire la vérité aux Africains et à propos de l’Afrique.»(A. TRAORE, O. C., p. 229) Ecouter son discours pour le déconstruire est l’un des devoirs citoyens que la société civile critique devrait assumer.

Ce travail de déconstruction du discours occidental se poursuit au niveau des médias alternatifs, dans certaines de nos ONGs et dans certaines parties de notre pays.

Ce que le Sud-Kivu sait

De nos sources au Sud-Kivu, nous apprenons que le CNDP ne bénéficie pas de l’appui des «bami». Son aventure n’a pas tellement d’avenir dans cette autre partie du Kivu. Un compatriote, dont le nom pourra être communiqué au moment opportun, travaille à une mise sur pied technique, lente mais sûre d’un groupe de Résistance à la prise en otage du Congo par un groupe d’aventuriers que l’AFDL-PPRD a déversé dans les institutions actuelles de notre pays. Ce travail de gestation et d’enfantement d’une autre espèce de Congolais avancerait convenablement et pourrait s’étendre à d’autres provinces.

Ce groupe de Résistants sait que la guerre de Kagame, Kabila, Museveni et Nkunda paie très bien. Les trêves qu’elle connaît servent à renflouer les caisses du CNDP et celles du Rwanda. Les chiffres connus des experts du groupe pourront être mis sur la place publique d’un moment à l’autre. Kinshasa se paie sur les salaires des militaires et a intérêt que cette guerre devenue son fonds de commerce perdure. Ses larmes de crocodile sont les signes visibles de la schizophrénie dont souffrent plusieurs gouvernants actuels du pays, membres des réseaux mafieux et auteurs «des crimes organisés «en Afrique centrale. La médiatisation à outrance de la perpétuation de la guerre d’agression parrainée par le Rwanda serait une variante de «la stratégie du choc» destinée à susciter la peur chez les Congolais(es) et à briser tout élan de résistance au triomphe de l’ultralibéralisme en Afrique centrale.

Pour ce groupe de compatriotes, les Congolais(es) devraient garder leur sérénité malgré tout.

Il ne croit pas en la sincérité de l’Occident pour apporter des réponses efficaces à «ces crimes» qu’il a cyniquement organisés. Il croit au «dopage» des cœurs et des esprits des minorités congolaises décidées à mettre fin, une fois pour toutes, à l’aventure de l’AFDL-PPRD et alliés.

Jean-Pierre Mbelu

 
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