Réunis mercredi dernier, 29 octobre, sous la présidence de Vital Kamerhe, les députés congolais majoritairement kabilistes ont décidé de répondre positivement à la demande de dialogue formulée par Laurent Nkunda Mihigo et de recommander à Joseph Kabila d’examiner le cahier des charges du CNDP. Un peu plus réalistes, les députés congolais, hier jusqu’auboutistes, ont recommandé au gouvernement de rétablir les relations diplomatiques avec Kigali en précisant, comme si cela était n’était pas une évidence, que le Rwanda restera à jamais un voisin du Congo à démocratiser. Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, les députés estiment qu’il est plus que temps de réactiver la Communauté économique des Etats des Grands Lacs (CEEPGL)
Plus intéressante encore, c’est cette étonnante recommandation faite au gouvernement en vue de la réhabilitation des anciens officiers des Forces armées zaïroises communément appelés ex-FAZ au motif qu’ils viendraient encadrer les jeunes FARDC.
Que 11 ans après l’accession des Kabila au pouvoir les héritiers de l’AFDL réalisent que les ex-FAZ sont une expertise pour le pays, il y a bien lieu d’en pleurer quand on se rappelle que nombre d’officiers ex-FAZ ont été traités par l’AFDL comme des ennemis du régime alors même qu’il est notoire que l’AFDL, bien qu’aidée par des mercenaires étrangers, ne s’était emparé du pouvoir d’Etat que parce que les ex-Faz fatiguées par le mobutisme avaient refusé de combattre une rébellion considérée par les ex-Zaïrois comme un mouvement de libération. Ce ne serait d’ailleurs pas tourner le couteau dans la plaie que de rappeler que l’internement des officiers des FAZ à Kitona pour suivre une formation idéologique a été une manière de les tuer à petit feu. Comment pouvait-il en être autrement quand au moins 17 militaires perdaient la vie au quotidien dans le mouroir de Kitona d’où n’étaient ressortis vivants que les plus résistants à la malnutrition et à la maltraitance ?
On espère que Kabila Kabange commencera par annuler ses ordonnances mettant à la retraite des centaines d’officiers ex-FAZ au profit des civils bombardés des grades d’officiers supérieurs et généraux. Il n’est donc pas étonnant que cette armée d’un genre nouveau abuse de la puissance publique en ne se distinguant qu’à travers les pillages et autres viols ainsi que la répression des manifestations politiques.
Au moment où les troupes du CNDP campent aux portes de Goma, semble-t-il, sur injonction de l’Amérique de Bush dont la secrétaire d’Etat aux affaires africaines, Jendayi Frazer, a prévenu jeudi 30 octobre à Kinshasa « que les rebelles ne devraient pas entrer dans Goma », Kabila Kabange n’a pas de choix mais une solution : dialoguer, l’option militaire étant suicidaire pour la survie de son régime qui a échoué sur tous les plans.
C’est certainement en prévision de ce dialogue inévitable que Kabila Kabange a reçu la ministre rwandaise des Affaires étrangères ce jeudi à Kinshasa. Signe de réchauffement entre Kinshasa et Kigali ? On ne saurait l’affirmer quand la question des FDRL et autres Interhamwe continue à empoisonner les relations entre les deux pouvoirs alliés hier et sert de fonds de commerce au CNDP dont le chef a déclaré le jeudi sur France 24 que si le gouvernement utilise les forces étrangères (FDLR) contre son peuple, la seule chose qu’il lui reste à faire c’est de partir. Il ne faut pas un dessin pour réaliser que Nkunda manie et le bâton et la carotte.
En attendant que Kabila entame des pourparlers avec Laurent Nkunda et son CNDP, si ce n’est déjà fait, des observateurs sont d’avis que diverses pressions diplomatiques ont poussé les protagonistes à une certaine modération et retenue. De ce fait, l’option militaire envisagée par la France et la Belgique pour l’envoi d’une force européenne en appui à la MONUC ne semble plus d’actualité, l’option politique et diplomatique étant privilégiée par le patron de la MONUC qui semble lui même faire marche arrière après avoir plaidé pour un renforcement des capacités de la MONUC auprès du Conseil de sécurité de l’ONU notamment à la suite de la démission du général espagnol commandant des troupes de la Mission de l’ONU au Congo.
Tout comme le patron de la MONUC, le britannique Alan Doss, le commissaire européen à l’aide humanitaire, le belge Louis Michel, parrain du processus politique au Congo à démocratiser, plaide pour une solution négociée entre le gouvernement et le CNDP et entre Kinshasa et Kigali.
Si on peut saluer le pragmatisme de Louis Michel qui a rencontré Joseph Kabila à Kinshasa le jeudi dernier dans le cadre d’une visite éclair dont l’objectif avoué était d’évaluer les besoins humanitaires des victimes de la guerre dans le Kivu, on ne peut ne pas relever qu’il n’entend pour rien au monde renier ce qu’il a adoré hier. Pour M. Michel, le Congo de Kabila est une démocratie avec des institutions élues et légitimes. Voilà le genre d’assertion susceptible de faire plaisir à Joseph Kabila quand bien même Louis Michel fait semblant de ne pas savoir que la transition d’après le dialogue intercongolais qui était conçue comme un processus de normalisation politique a échoué parce que la réconciliation nationale et la formation d’une armée nationale républicaine n’ont pas été au rendez-vous. Le processus électoral, vicié et inachevé n’a pas été une panacée..
En attendant, des milliers des compatriotes du Nord-Kivu sont condamnés à l’errance, exposés aux intempéries, victimes d’une guerre absurde qui ne prendra fin que si Kabila arrive à neutraliser les FDLR comme il s’y était engagé. En a-t-il les moyens ? Est malin qui y répondra d’autant plus que d’aucuns estiment que la question qui mérite d’être posée est celle de savoir s’il en a la volonté.
Raymond LUAULA