«Parmi d’autres choses, ils (les deux ministres européens) ont discuté d’une future rencontre entre le président Kagame et son homologue congolais Joseph Kabila, qui pourrait avoir lieu à Nairobi», a indiqué, sous le couvert de l’anonymat, une source à la présidence rwandaise.
MM. Kouchner et Miliband devaient également demander à M. Kagame d’apporter son soutien à une trêve décidée il y a quelques jours par les forces rebelles du général déchu Laurent Nkunda, arrivées aux portes de la capitale de la province du Nord-Kivu, Goma, après une campagne militaire contre l’armée régulière de RDC.
A l’issue de la rencontre, qui a duré plus d’une heure, les deux ministres se sont envolés pour Dar es-Salaam, pour des entretiens avec le président tanzanien Jakaya Kikwete, actuel président en exercice de l’Union africaine (UA).
M. Kagame et Kabila ont accepté de participer à un sommet à Nairobi, sous l’égide de l’ONU, en compagnie des chefs d’Etat de la région des Grands Lacs, des organisations régionales et de l’Union africaine, selon le commissaire européen à l’Aide humanitaire Louis Michel arrivé vendredi à Kinshasa.
Samedi, Karel De Gucht a «insisté auprès du président Kagame pour qu’il continue à faire valoir son influence modératrice sur le conflit dans l’est du Congo, afin (...) de faire respecter le cessez-le-feu entre toutes les parties belligérantes», selon un communiqué du ministère belge des Affaires étrangères.
Mme Frazer a elle «insisté sur l’importance d’une rencontre entre les présidents Kagame et Kabila pour essayer de trouver une solution à la crise», selon un responsable de la présidence rwandaise.
Alors que M. Kagame lui a répété que son pays n’était «pas impliqué dans le conflit», la responsable américaine «a admis qu’il n’y avait pas de preuve que le Rwanda soutenait Laurent Nkunda, mais a cependant affirmé que le Rwanda avait soutenu les rebelles par le passé», selon la même source.
A Kinshasa, les ministres français et britannique avaient auparavant rappelé la nécessité de mettre en oeuvre des accords déjà conclus pour ramener le calme dans l’est de la RDC. Ils y avaient rencontré M. Kabila avant de se rendre à Goma, où la violence a jeté sur les routes des dizaines de milliers de civils, affamés et privés d’aide. M. Michel a qualifié la situation de «catastrophique», évoquant des exactions commises par des soldats congolais et des rebelles.
En novembre 2007, la RDC et le Rwanda ont signé un accord pour le rapatriement au Rwanda des rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui opèrent dans l’est de la RDC.
Kigali, où le régime est dominé par la minorité tutsie, s’engageait de son côté à ne pas soutenir la rébellion de Laurent Nkunda, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). En janvier 2008, un accord de paix a été signé à Goma, dans lequel tous les groupes armés qui opèrent dans l’est de la RDC s’engagaient à un cessez-le-feu et à une démobilisation des combattants. Ces deux accords sont restés sans effet. Sur le terrain, la trêve perdure, mais la situation est loin d’être apaisée.
Les rebelles ont organisé samedi une cérémonie d’investiture d’une nouvelle administration à Rutshuru, une localité située à 75 km au nord de Goma passée sous leur contrôle, selon des journalistes de l’AFP.
Par ailleurs, David Miliband, a affirmé dimanche que «plus de 1,6 million de déplacés» dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) étaient «pris au piège de la crise» et sans accès à une aide humanitaire.
«Plus de 1,6 million de déplacés internes sont pris au piège de la crise et ne peuvent pas être atteints facilement. Ils n’ont pas accès à de la nourriture, ni à de l’eau, ni aux autres éléments de première nécessité», a déclaré à la presse M. Miliband dans la capitale économique tanzanienne Dar es-Salaam.
«Il y a une menace d’épidémies de maladies transmissibles et de malnutrition dans la zone», a prévenu le ministre britannique.
L’est de la RDC est le théâtre depuis plusieurs semaines d’un conflit entre l’armée congolaise et la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP).
Les rebelles sont arrivés mercredi aux portes de la la capitale de la province du Nord-Kivu, Goma, et ont depuis décrété un cessez-le-feu unilatéral, qui semble respecté jusqu’à présent.
Les combats ont jeté sur les routes plusieurs dizaines de milliers de personnes, forcées de vivre dans une situation sanitaire très précaire.
AFP